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« Un nid de Républicains »

par David Grémillet, directeur au Centre d’études biologiques de Chizé - 4 juillet 2021

Agir pour le vivant : chronique « l’Albatros hurleur »


Chaque semaine sur notre site, «l’Albatros hurleur», une chronique écologique de David Grémillet. Aujourd’hui, les étonnants nids communautaires de petits oiseaux africains.


Dans le désert du Kalahari, entre Botswana, Namibie et Afrique du Sud, les Républicains sociaux ne sont pas des politiciens en campagne, mais des oiseaux de la taille d’un moineau. Ils tissent de gigantesques nids communautaires garnis de chambres individuelles, des HLM à piafs qui peuvent peser plus d’une tonne et abriter des centaines de couples. Ces essaims de paille, les plus grandes structures jamais construites par des oiseaux, sont accrochés aux acacias ou aux poteaux des lignes téléphoniques. Leur fonction principale est de protéger les oiseaux de la froidure nocturne du désert ; il gèle en hiver dans le Kalahari, et les Républicains se tassent dans les chambres individuelles du nid pour se tenir chaud.


En été, le thermomètre monte à plus de 40°C, et le nid communautaire offre un refuge ventilé comme un riad. Ces nids de plusieurs mètres cubes sont des forteresses, qui ne protègent cependant pas les Républicains de tous les prédateurs : les cobras du Cap les parcourent volontiers, gobant œufs et poussins. Les adultes pondent alors à nouveau si les conditions les permettent. S’il fait trop sec la nourriture disponible ne permettra pas de fonder une famille, et les Républicains attendront la pluie pendant des mois, voire des années.


Le Kalahari éprouve les oiseaux qui survivent grâce à l’entraide. Comme l’ont montré mes collègues Rita Covas (CIBIO, Portugal) et Claire Doutrelant (CNRS), tous les Républicains sociaux ne se reproduisent pas. Certains se contentent d’aider les autres, notamment pour le nourrissage des jeunes. Cette coopération, qui pourrait sembler altruiste, est basée sur une hiérarchie précise ; seuls les individus dominants se reproduisent, aidés par des subalternes souvent issus de la même famille.


Les nids communautaires perdurent parfois un siècle et sont visibles à une grande distance. Les Républicains sociaux sont donc des architectes qui transforment les paysages du Kalahari. Au cours d’une étude récente, Anthony Lowney et Robert Thompson de l’université du Cap (Afrique du Sud) ont voulu mieux comprendre l’incidence de ces énormes constructions sur leur environnement. En plaçant des pièges photo à proximité de plus de 50 nids pendant toute une année, ils ont montré que ces structures sont visitées par 73 espèces autres que les Républicains, et que deux fois plus d’animaux s’approchent des arbres quand ceux-ci portent des nids collectifs. En effet, impalas, springboks, gnous, koudous, et oryx aiment brouter à l’ombre des nids, là où la végétation est fertilisée par les fientes des oiseaux. Chats sauvages et mangoustes font volontiers la sieste à l’intérieur des nids, qu’ils partagent avec les chouettes effraies et les fauconnets d’Afrique. Ces deux rapaces sont très utiles aux Républicains, car ils attaquent les serpents en visite, limitant leurs raids sur les nichées. Même les grands félins affectionnent les nids de Républicains et les arbres qu’ils coiffent : Guépards et léopards marquent les troncs de leur odeur pour borner leur territoire, et ils s’installent parfois au sommet des grands nids, tels des sphinx gardant la plaine.

Également disponible sur le site de Libération.

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