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Substituer à la société de réparation une société d’anticipation

Stéphanie Brillant, journaliste, réalisatrice et productrice française - 19 avril 2021

Agir pour le vivant : Tribune


Qu’allons-nous choisir de faire ? Continuer et aller au crash ou mettre en œuvre une réelle transition ?


Dans l’industrie du divertissement, les médias, sur les réseaux sociaux, pour donner du baume à l’âme, on évoque de belles histoires de résilience… Cependant à force de vanter la résilience, ne nous sommes-nous pas donné bonne conscience pour légitimer une société qui répare davantage qu’elle ne prépare ? Par nature, savoir que nous avons une seconde chance ne confère-t-il pas inconsciemment l’autorisation de gâcher la première ? Demeurons vigilants à ne pas banaliser les traumatismes par une mauvaise compréhension du principe de résilience.


La résilience dans sa description psychologique est la capacité de l’humain à se construire et à vivre en dépit de circonstances traumatiques. Certes c’est merveilleux, porteur d’espoir, personne n’est jamais foutu. Néanmoins il est important de comprendre que la résilience est un concept à degré. En effet, dans sa définition physique, il s’agit de l’évaluation de la résistance des matériaux à des chocs élevés et leur capacité d’absorber l’énergie cinétique sans se rompre. La résilience c’est la connaissance de la fragilité, pas l’épreuve de la solidité. Il s’agit de savoir jusqu’où il est possible d’aller sans casser.


Nous sommes aujourd’hui à un point de rupture. L’humain est fragilisé. Les maladies mentales explosent. Il est devenu rare de se réveiller le matin sans avoir mal nulle part. Ni au corps, ni au cœur, ni à l’âme. A croire que nous vivons dans un monde ou si l’on n’a pas fait un burn-out à 50 ans on a raté sa vie.


Régulation

Alors que choisissons-nous de faire ? Continuer et aller au crash ou mettre en œuvre la transition maintenant pour aller vers une société en santé ?


Le principe même de la santé, c’est la faculté de régulation. Etre en santé ce n’est pas ne jamais tomber malade, c’est ne pas rester malade. La capacité de régulation permet de repousser le point de rupture, pas pour insensibiliser, mais pour élargir la fenêtre de tolérance.


Une personne capable de réguler ses émotions, ressent toujours les mêmes émotions, cependant elle n’explose pas à la moindre contrariété parce qu’elle est en mesure de les réguler. Imaginez que votre corps soit incapable de réguler sa température interne, que sur une plage au soleil il grimpe à 45 degrés en quelques minutes et que sur les pistes enneigées il se trouve en hypothermie immédiate. Il n’est pas souhaitable que le corps s’adapte au monde extérieur, sans quoi notre vie s’en trouve réduite, il est capital en revanche qu’il se régule intérieurement. La différence est très importante, car il est insensé de penser pouvoir pousser le curseur vers plus d’adversité sans avoir préalablement concentré l’attention sur davantage de centrages.


Pourtant c’est exactement ce que propose notre monde, il pousse jusqu’à la cassure et tente de réparer ensuite. Sauf que la réparation, n’est pas la régénération, on ne retrouvera jamais l’état initial.


Également disponible sur le site de Libération.

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