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« Rhône : retour vers le vivant »

par Laurent Roy, directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse - 22 août 2021

Agir pour le Vivant : Tribune


Dompté, exploité depuis la fin du XIXe siècle, le fleuve Rhône se remet de ses maux. Avec le changement climatique, il nous faut redoubler d’ambition...


Depuis 1850 environ, le Rhône a été dompté : des digues ont canalisé pour la navigation le fleuve sauvage que chantait Frédéric Mistral. Puis à partir du milieu du XXe siècle, la demande en énergie croissante a transformé ce torrent qui descend des Alpes en un immense escalier où chaque marche est un barrage hydroélectrique, pendant que ses eaux servent à refroidir les centrales nucléaires. La qualité de l’eau a en même temps dégringolé du fait des rejets de polluants de nos villes ou des industries.


Du Rhône sauvage, il ne restait que des reliques, magnifiques mais trop rares.


On aurait pu croire que le Rhône ne se relèverait pas de l’impact des activités humaines qui l’ont affecté au XIXe et XXe siècle. Pourtant le fleuve Rhône a commencé sa métamorphose pour redevenir plus naturel sans renier les aménagements lourds pour l’hydroélectricité ou la navigation. Cette métamorphose a commencé au début des années 2000 avec un programme sans précédent : le plan Rhône.


Aujourd’hui le fleuve renaît


Le Rhône regagne en qualité. La pollution domestique y a été divisée par cinq en 20 ans, notamment grâce aux nombreuses mises aux normes des stations d’épuration. Les rejets industriels sont mieux traités, même s’il reste encore de sérieux efforts à faire.

Le Rhône redevient aussi un fleuve plus naturel. Le retour du vivant est un objectif ambitieux et réaliste : concilier les usages avec un fleuve aux eaux courantes et porteuses de biodiversité n’est pas qu’une idée. C’est un projet en marche depuis déjà 20 ans. Cette ambition mobilise les producteurs d’hydroélectricité, comme la compagnie nationale du Rhône, les industriels, les associations de protection de la nature, les collectivités riveraines, l’agence de l’eau et l’Etat, avec l’appui des scientifiques.


Le défi écologique


Grâce à l’augmentation des débits à l’aval des barrages, la remise en eau d’anciens bras du fleuve, et la renaturation de 40 km de berges et de bras secondaires et de 600 hectars de zones humides, c’est une mosaïque d’habitats favorables à la biodiversité qui réapparaît. Des espèces rares s’y multiplient comme la cistude d’Europe, petite tortue d’eau douce, ou cette orchidée que l’on rencontre uniquement sur les bords de Rhône Epipactis fiber (epipactis du castor). Grâce aux passes à poissons qui équipent les barrages, les poissons migrateurs recolonisent le Rhône et ses affluents : les aloses reviennent frayer dans la Durance et l’Ardèche. L’anguille remonte le Rhône sur plus de 150 km depuis la Méditerranée. Ces espèces sont revenues, mais doivent encore gagner en abondance pour se maintenir durablement.


Pour les six prochaines années, le programme de travaux prend de l’ampleur : un nombre croissant de secteurs du Rhône retrouveront un fonctionnement plus naturel. Non seulement les bras secondaires et zones humides seront reconnectés au fleuve, mais c’est l’ensemble des processus naturels qui sera réactivé sur certains secteurs. Les sédiments, graviers, sables et galets seront de nouveau en mouvement permettant de restaurer des habitats nécessaires à la vie aquatique. Oui, le vivant est de retour.


C’est d’autant plus important que le fleuve est fragilisé par les effets du changement climatique. On s’attend par exemple à une baisse de l’ordre de 40% du débit du fleuve l’été à l’horizon 2050, et ce sera encore bien pire si les glaciers alpins qui l’alimentent finissent par disparaître. Les besoins pour l’eau d’irrigation ont en parallèle tendance à s’accroître alors même que les périodes de faible débit deviendront plus longues.


Également disponible sur le site de Libération.

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