Rechercher

REPORTAGE. Festival «Planet Needs You» à Lyon: «Le but? Provoquer un déclic et agir»

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon et photo Antoine Merlet Hans Lucas pour Libération

publié le 22 avril 2022 à 6h06

Changement climatique, traitement des déchets, usage du numérique... A Lyon, le festival Planet Needs You a rassemblé adultes et enfants autour d’ateliers afin de casser le modèle «apprenant-sachant» et inciter les participants à trouver des solutions écologiques à leurs besoins.

Au festival Planet Needs You à Lyon, le 26 mars. (Antoine Merlet/Hans Lucas pour Libération)

La recette est simple : une dose de terreau, deux d’argile et un peu d’eau. Malaxez, formez une boule, faites un trou et glissez-y une pincée de graines d’herbes et de graminées, avant de refermer le tout. Voici une «bombe à graines», moyen rigolo de contribuer à la biodiversité en ville et d’attirer les insectes pollinisateurs. Raphaël, 8 ans, et William, 11 ans, imaginent où lâcher celle qu’ils confectionnent : dans leur jardin «ou sur un rond-point par la fenêtre de la voiture», s’esclaffent les deux frères. Pour leur deuxième boule, ils sont «plus rapides», ont «pris le coup de main», les félicite Camille. Cette étudiante en école d’ingénieur à Vaulx-en-Velin, dans la métropole de Lyon, a choisi de faire son service civique au sein de l’association Conscience et impact écologique (CIE) pour «agir, faire quelque chose de concret».


Les 26 et 27 mars, elle a animé des ateliers pour enfants lors de la quatrième édition du festival de CIE à Lyon, baptisé Planet Needs You (La planète a besoin de vous) : cet appel résume la vocation de cette association d’éducation populaire à la transition écologique, fondée en 2012. Changement climatique, traitement des déchets, recyclage, usage du numérique : la structure aborde ces enjeux avec des «outils ludiques, pour casser le modèle apprenant-sachant», explique Lucille Potdevin, directrice de CIE, qui cible «les personnes éloignées de ces questions, pour qui ce n’est pas une priorité». L’association compte huit salariés et 350 adhérents, dont une centaine de bénévoles. «Chacun a un pouvoir d’agir, il faut le faire émerger, souligne Lucille Potdevin.On est des animateurs, on joue beaucoup sur l’intelligence collective pour arriver à discuter, dévoiler ce qui peut freiner puisapporter des connaissances.» L’objectif: susciter un «déclic», «plus fort s’il vient de la personne».


Pour les enfants, un atelier pour apprendre à fabriquer une «bombe à graines», moyen rigolo de contribuer à la biodiversité en ville et d’attirer lesinsectes pollinisateurs, au festival Planet Needs You, à Lyon le 26 mars. (Antoine Merlet/Hans Lucas pour Libération )

Sur un autre stand du festival, Véronique, penchée sur sa bouilloire capricieuse, nettoie le point de contact avec la résistance. Cette mère de famille de 38 ans, employée d’une banque publique, est aussi venue avec le lecteur CD «du collège», en panne.«On va enquêter pour voir si on peut démonter une pièce», explique celle qui évoque une «prise de conscience écolo progressive etde plus en plus forte». C’est un défi lancé au sein de sa boîte, dans le cadre de sa politique responsabilité sociétale des entreprises, qui a provoqué le fameux déclic chez Véronique. Depuis, elle tente de verdir son quotidien : «Je modifie meshabitudes, j’ai envie de transmettre ça à mes enfants, il ne faut pas attendre que les politiques agissent enfin, on peut tous fairequelque chose à notre niveau.» Au festival de CIE, la séance à laquelle elle participe est animée par une association invitée : l’Atelier soudé qui propose dans cinq lieux de la métropole de Lyon de lutter contre l’obsolescence programmée en faisant de la réparation électronique participative.


«Un autre rapport au monde»


«On se sent de plus en plus impuissants face à nos appareils. Notre mot d’ordre, c’est la réappropriation, explique Dorian, 23 ans,diplômé en génie mécanique et salarié de l’Atelier soudé. Comprendre le fonctionnement d’une machine, ses défaillances,pouvoir la réparer, ça donne un autre rapport au monde, c’est aussi un enrichissement personnel.» Malgré le savoir technique etles astuces que diffuse l’Atelier soudé, reste «le problème de la démontabilité et de l’accessibilité des pièces», pointe Dorian : «Pour rajouter des options, les fabricants mettent des cartes électroniques partout, ça rend les réparations plus complexes. Normalement, une bouilloire classique, c’est quatre composants hypersimples à vérifier.» Celle de Véronique est branchée pour un test : victoire, le voyant reste allumé et l’eau se met à chauffer. «Je n’aurai plus besoin de toi la prochaine fois !» s’exclame-t-elle. «C’est le but», lui répond Dorian.


Un atelier de réparation électronique par l’Atelier soudé, association qui lutte contre l'obsolescence programmée, au festival Planet Needs You, à Lyon le 26 mars. (Antoine Merlet/Hans Lucas pour Libération)

L’association Conscience et impact écologique a été créée il y a dix ans par un étudiant, Floyd Novak. Ses activités ont d’abord visé les scolaires (toujours près de la moitié de son public), avant de s’étendre aux adultes. L’association, qui réalise plus de 3000 actions de sensibilisation par an, intervient dans des centres sociaux, des foyers, des entreprises, des événements sportifs et musicaux, dans des hôtels, des théâtres et auprès de restaurateurs. «Même si c’est plus compliqué, c’est important de toucherles adultes qui ont un pouvoir d’achat et qui ont connu un monde différent», considère Lucille Potdevin. Dotée d’un budget de 276 000 euros en 2021, CIE tire la moitié de ses revenus de ses prestations, le reste du mécénat et de subventions publiques. Après la création d’antennes en Isère, dans les Savoie, le Vaucluse, l’Hérault et bientôt en Ile-de-France, l’association souhaite mettre sur pied une fédération pour diffuser son modèle. Et implanter la fibre écolo le plus largement possible.


Journée de la Terre: une conscience planétaire

Célébrée tous les 22 avril, la Journée mondiale de la Terre a été créée en 1970 aux Etats-Unis. Elle invite tous les citoyens à réaliser un geste concret pour la protection de l’environnement. Chaque année, cet événement est l’occasion desensibiliser les habitants de la planète aux problèmes qui l’affecte. Avec pour objectif «d’installer chez chacune et chacun d’entre nous des réflexes simples visant à la protéger mieux, jour après jour». Plusieurs grands thèmes sont mis en lumière : la multiplication des plastiques dans les océans (lire page 6), la production de déchets (quelque 590 kilos parFrançais chaque année, un chiffre qui a doublé en quarante ans) ou encore le gaspillage alimentaire (près d’un tiers la quantité de nourriture est perdue sans avoir été consommée, soit entre 12 et 20 milliards d’euros par an en France, l’équivalent de 159 euros par personne.)Recyclage




Disponible également sur le site Libération.


2 vues0 commentaire