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Pour des politiques à la hauteur du vivant

Par Anne-Sophie Novel—4 juillet 2020


Face à l’urbanisation, l'agriculture intensive, la surexploitation des sols… des solutions existent. Il est temps d’inciter nos dirigeants à les mettre en œuvre.


Qu’ont en commun le combat contre Notre-Dame-des-Landes, contre la ferme-usine des Mille Vaches, le barrage de Caussade ou tant d’autres projets de déviations, de bassines d’irrigation ou de bétonnage en tout genre ? Outre le fait d’être considérés comme des «grands projets inutiles» par des collectifs qui, partout en France, se mobilisent pour défendre leur environnement (voir la carte), ils sont le fruit de décisions portées par des institutions publiques et des entreprises privées qui ne comprennent pas vraiment la nécessité de préserver la biodiversité.


Pour cause : la réalisation de ces projets de développement, d’infrastructure et d’urbanisation est généralement précédée d’études d’impact environnemental dont les éléments retardent, bien souvent, l’aboutissement. On cherche alors à «compenser carbone» un projet, à aménager des corridors écologiques pour les animaux du coin, à assurer que tout sera fait pour rassurer et soutenir les associations naturalistes locales… mais bien souvent il est plus simple de calfeutrer la réalité (comme la FNSEA le fait depuis quelques années, pour faire disparaître les cours d’eau des relevés cartographiques de France) et de minimiser l’utilité d’une zone humide ou d’une espèce endémique.


De fait, il est temps que le monde politique passe à la vitesse supérieure : si la compréhension des enjeux climatiques a fait son chemin dans la prise de conscience et dans une partie des prises de parole et (parfois) de décision, il reste un long chemin avant qu’il en soit de même pour les enjeux liés à l’érosion de la biodiversité.


Nos représentants ne conçoivent pas notre lien au vivant et s’arrêtent trop souvent au constat : ils ne font pas le lien entre «biodiversité» et «sécurité alimentaire», entre «vie sauvage» et «capacité à disposer d’eau potable», ils ne voient pas en quoi les «services rendus par la nature» conditionnent notre capacité à vivre ensemble. Et pour cause : là où l’adaptation au changement climatique commence à être envisagée comme l’opportunité de développer de nouveaux récits et de nouveaux débouchés économiques (pour isoler, rénover, etc.), la préservation de la biodiversité est encore perçue comme un obstacle que l’on peut facilement contourner pour favoriser le développement économique de nos sociétés.


Si une telle perception tend à oublier la richesse du vivant, elle signifie surtout qu’il est temps d’aider nos dirigeants à mieux considérer cette problématique. Comment ? En suivant, par exemple, les pistes d’action suivantes :


La lutte contre l’érosion et la destruction des habitats naturels. On estime que 68 000 hectares de terres naturelles ou agricoles disparaissent chaque année en France. La destruction d’une forêt ou d’une zone humide détruit la faune et la flore qui y sont associées, et la fragmentation des territoires crée des barrières infranchissables pour celles qui ne sont pas touchées. En cessant de bétonner à tout va, tout ira mieux sur ce front.


La lutte contre la pollution de la terre, de l’eau et de l’air en réduisant les intrants utilisés par l’agriculture chimique, l’usage d’emballages qui génèrent des macros et microdéchets comme le plastique, l’usage de produits qui génèrent des perturbateurs endocriniens, etc. Notre monde est clos et tous les écosystèmes y sont pollués. Réduire ces émanations à la source, c’est déjà agir efficacement.


La lutte contre la surexploitation des espèces : qu’elle soit légale comme dans le cas de la pêche industrielle autorisée qui ratisse les fonds marins, ou illégale comme dans le cas de braconnage, il est absolument nécessaire de réglementer et sanctionner plus durement les agissements de ceux qui condamnent définitivement les générations futures.


La lutte contre les espèces invasives exotiques : la mondialisation des échanges est telle que des espèces se retrouvent dans des écosystèmes où elles n’auraient jamais dû se trouver. C’est le cas, par exemple, du frelon asiatique ou de la pyrale du buis. Or si une espèce s’adapte bien dans un nouveau lieu, sans y rencontrer de prédateur, elle se déploie généralement sans qu’on ne puisse plus l’arrêter… menaçant ainsi durablement les espèces endémiques.


La lutte contre le changement climatique, facteur aggravant pour les espèces fragilisées : un degré de hausse des températures oblige à migrer de plusieurs centaines de kilomètres. Les espèces qui peuvent se déplacer vite s’adapteront, mais qu’en est-il de certaines espèces d’arbres, par exemple ?


Il est donc plus qu’urgent, aujourd’hui, d’apporter des réponses pour limiter l’urbanisation, l’artificialisation des sols, pour créer des corridors écologiques, connecter les réserves naturelles, sortir de l’agriculture chimique et intensive, arrêter l’exploitation industrielle des espèces, avoir des contrôles plus stricts sur les marchandises qui circulent, etc. Sans oublier, de fait, d’abandonner une certaine vision utilitariste du vivant : pourquoi, encore aujourd’hui, s’acharner à éliminer le loup, le renard et l’ours ? En donnant un droit à la vie uniquement à ce qu’on croit utile, on arrive tout droit à l’effondrement du vivant !


Retrouvez toute les semaines les Tribunes Agir pour le Vivant sur le site agirpourleviant.fr et sur le journal Libération, partenaire d'Agir pour le Vivant.

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