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« Philippe Simay, la face vivante de l’architecture »


par Didier Arnaud - 29 avril 2021

Agir pour le vivant : Portrait


Le philosophe et enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville est aussi animateur de la série-documentaire «Habiter le monde», sur Arte.


Les philosophes ont longtemps pensé qu’habiter était le propre des humains, sans interroger l’impact écologique de l’habitat et des activités de construction. Pour Philippe Simay, «habiter, c’est moins revendiquer l’exclusivité d’une place qu’apprendre à partager l’espace avec l’ensemble des êtres vivants humains et non humains». Cela oblige, dit-il, à penser une architecture «post-extractiviste qui ne repose pas sur la prédation des ressources mais sur le respect des milieux de vie».


Et cela passe d’abord par une attention à la matérialité de l’architecture. Quelles sont aujourd’hui les alternatives au béton, véritable «arme de destruction massive» ? Dans Habiter le monde, un livre issu de sa série documentaire sur Arte (Arte édition/Actes Sud), Philippe Simay s’intéresse aux cultures constructives traditionnelles qui restent une source d’inspiration.«L’architecture vernaculaire témoigne d’une formidable intelligence des milieux habités en mobilisant toujours des ressources locales – le bois, la terre, la pierre, etc. – pour répondre aux contraintes climatiques.» Le choix de matériaux bio et géosourcés est aujourd’hui au cœur de la construction écologique.


La démarche reste cependant insuffisante si elle ne questionne pas les modalités de leur mise en œuvre. Comment en effet comparer des coupes rases de centaines d’arbres dans des exploitations mono-spécifiques et des prélèvements ponctuels dans de véritables forêts ? Pour le philosophe, il importe d’avoir avec les matériaux issus de la biomasse une relation autre qu’instrumentale. «De nombreuses sociétés considèrent les plantes et les arbres qu’elles utilisent avec le respect, l’attention et le soin que requière leur altérité, et non comme des matériaux de construction sans âme. Nous devons retrouver ce lien aux matériaux de la vie qui enrichissent nos façons de construire et d’habiter.»


BTP : bois terre paille


Philippe Simay défend une «architecture de moindre impact» qui consomme un minimum de matières premières et d’énergie. «Cessons de parler de ressource naturelle. C’est un oxymore qui ne dit rien d’autre que notre volonté d’accaparement des bienfaits partagés de la terre. Les seules ressources sur lesquelles nous devrions compter sont celles que nous avons déjà produites et consommées». Depuis plusieurs années, il milite avec sa femme, l’architecte Clara Simay, en faveur de l’économie circulaire et du réemploi des matériaux de construction. «La construction en neuf doit devenir l’exception et non la règle. Nous devons apprendre à faire avec ce qui reste, à réparer et valoriser l’existant», un message d’actualité quand on sait que le secteur du BTP génère en moyenne 227 millions de tonnes de déchet par an.


Un changement de paradigme s’opère dans le monde de l’architecture. La possibilité de construire en matériaux de réemploi, en bio ou en géosourcés séduit de nombreux professionnels. Philippe Simay évoque malicieusement une redéfinition du BTP en «bois terre paille». Les freins politiques, industriels et assurantiels sont cependant nombreux. «Aujourd’hui, déplore-t-il, on nous demande encore de prouver que la construction écologique est fiable et performante alors que la démonstration a été faite de longue date. Quand inversera-t-on la charge de la preuve, exigeant des industriels qu’ils justifient la consommation de précieuses ressources et l’obligation de produire du neuf quand tout est déjà là à disposition


Également disponible sur le site de Libération.

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