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«On ferme les yeux sur l’impact de nos systèmes de consommation»

Par Didier Arnaud—1 juin 2020


Militante écologiste, juriste et cofondatrice de l’association Notre affaire à tous, Marie Toussaint a été élue députée européenne en mai 2019 sur la liste Europe Ecologie-les Verts.


Les pauvres, il faut les calculer. Marie Toussaint est née dans une famille de volontaires d’ATD-Quart Monde, fermement engagés contre la misère, et elle affirme : «Il n’y a qu’en tenant compte des pauvres et de leur parole qu’on mettra fin à la pauvreté.» Elle ne se souvient plus de quand date son engagement associatif mais assure l’avoir eu «toute sa vie». Elle a adhéré à 18 ans à Europe Ecologie-les Verts. Y est toujours à 33 ans. Est-ce qu’elle pense que son rôle pèse un peu sur les changements à venir ? Sa fonction de députée européenne, son action dans «l’Affaire du siècle», qui assigne l’Etat en justice pour non-respect face aux objectifs climatiques, la pétition qui rassemble plus de 2,3 millions de signatures… tout cela a un sens. Elle attend la décision du juge pour «l’Affaire du siècle», qui ne devrait pas intervenir avant six bons mois, et constate que les écologistes gagnent de plus en plus de soutiens dans la société civile. Elle est certaine que la transformation ne peut se faire que par le bas, car les politiques n’ont pas réalisé «l’effet de dégradation de notre planète».


Elle en est persuadée, la majorité des politiques croient en la croissance et au productivisme. Fort de ce constat, son influence «ne pourra se faire qu’à la marge, c’est pour cela qu’il faut mobiliser la société et s’engager politiquement». Elle le dit simplement : «Chacun a le pouvoir de changer les choses, de réduire son empreinte écologique sur le plastique, mais il faut s’unir, car les forces productivistes sont énormes, et on n’y parviendra pas en agissant seul dans son coin». Martelé comme un credo.


«Porter un projet en commun»

Elle se réjouit qu’il y ait beaucoup d’initiatives citoyennes, des marches, des votes, une participation à la vie politique, des Amap, des épiceries solidaires… «A plusieurs, cela peut tout changer», souligne-t-elle. Elle prend comme exemple ces étudiants des grandes écoles qui organisent un manifeste pour un réveil écologique et ne veulent pas travailler pour des «pollueurs», désirant ainsi changer la donne, opérer des transformations réelles dans notre société. Mais, constate-t-elle avec dépit, «il est à la fois déjà trop tard, et paradoxalement trop tôt».


Elle l’a constaté avec ATD, a appris des plus pauvres que la question de l’espoir n’est pas une lubie de bobos mais une «condition stricte de la survie. On a le devoir d’être déterminés et optimistes sur le fait de transformer la société». Pour ce faire, «la condition numéro un, c’est de porter un projet en commun sur nos territoires, la santé, la diversité. Il faut réenvisager le commun à toutes les échelles, c’est le socle sur lequel on va sauver notre planète», argumente-t-elle. Car elle affirme que les politiques actuelles continuent «d’attaquer sciemment les écosystèmes, et qu’il faut pour contrer cela une révolution industrielle qui vienne de l’Union européenne et du Royaume-Uni».


«Dette écologique»

Pendant des siècles, d’après elle, on a exploité les humains et la terre. «On a aujourd’hui une dette envers les générations futures, il nous faut regarder cette responsabilité historique de l’Europe, réparer et rembourser cette dette. Nous nous devons d’être exemplaires. Il faut dire à Bolsonaro "arrête de couper tes forêts", il faut cesser de prospecter en Guyane. Pour pouvoir avancer ensemble il faut se mettre dans une démarche proactive ambitieuse. On a délocalisé notre production, et ce faisant, la pollution. On ferme les yeux sur notre dette écologique, notre déforestation du monde. On a une responsabilité pour le soja avec l’Amazonie, le cacao en Afrique, le caoutchouc en Indonésie. On ferme les yeux sur l’impact de nos multinationales et nos systèmes de consommation.» Elle croit savoir qu’avec le manifeste pour la justice climatique, «une génération climat est en train de se lever, pas définie uniquement par son âge. Cette détermination de dire que les lois économiques ne sont pas au-dessus de la nature va avec le fait qu’il faut se décider à vivre en harmonie avec le vivant».


Partout, selon la députée, des peuples autochtones se battent pour le droit à la terre, pour avoir un accès à des logements dignes et sains ; la jeunesse se mobilise de façon résolue. Elle se voit plutôt appartenir à une même communauté de destins, qui doit renverser la croissance productiviste et la souveraineté des Etats, «établir une solidarité qui nous permettra de changer la trajectoire empruntée depuis plusieurs siècles par l’humanité».


Elle conclut donc en affirmant que tout n’est pas perdu. Elle constate qu’on peut réussir certaines choses comme réduire les émissions de gaz et refermer le trou de la couche d’ozone, ou bien encore faire revenir les baleines. «Quand on redonne du pouvoir au commun et aux humains, on peut réparer ce qu’on a détruit.» Elle voudrait réaffirmer haut et clair qu’on n’a pas le droit de «ne pas être optimiste» car il y a «trop de vies qui sont en jeu», pas «le droit de baisser les bras». Elle continuera de se battre pour ça.


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