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Nous avons notre avenir entre nos mains !

Par Pierre Dubreuil , Directeur général de l’Office français de la biodiversité — 20 juillet 2020


Quand nous diminuons nos pressions sur la biodiversité, nous observons rapidement des changements très concrets...


Notre comportement est souvent la cause directe ou indirecte de l’effondrement de la biodiversité. Nul ne peut désormais ignorer que la destruction des habitats naturels, notamment la déforestation, le fractionnement des écosystèmes par les infrastructures de transport, l’urbanisation et l’agriculture, l’élevage intensif, la mondialisation accélérée des échanges et la commercialisation d’animaux sauvages ont favorisé la fréquence d’émergence de nouvelles maladies d’origine animale comme le Covid 19, Ebola ou le sida. De nombreuses publications scientifiques de premier rang l’ont documenté depuis plus de dix ans (après l’épidémie du Sras).


Avant qu’il ne soit trop tard, comprendrons-nous enfin qu’en érodant chaque jour et toujours plus vite la place du vivant sur cette planète – une accélération de l’extinction des espèces sans précédent avec un million d’espèces aujourd’hui en danger, c’est celle de l’homme qui est menacée ? J’entends souvent dire que l’homme a besoin de la nature, mais il ne faut pas oublier que la nature, elle aussi, a besoin de l’homme. Dans le paysage chaotique que nous traversons, il y a en effet une bonne nouvelle, nous avons notre avenir entre nos mains. Je suis convaincu que nous pouvons changer la donne parce que la nature n’est pas rancunière. Quand nous diminuons nos pressions sur la biodiversité, que ce soit la pollution, la réduction des espaces naturels par exemple, nous observons rapidement des changements très concrets.


Concilier progrès économique et environnemental

À l’occasion de l’installation officielle de l’OFB (Office français de la biodiversité) à Chamonix, le 13 février, le président de la République déclarait qu’en matière de biodiversité «l’année 2020 est celle où nous pouvons changer les choses», évoquant un «basculement du vivant» et une nécessité de «faire se rejoindre le progrès économique et le progrès environnemental». A posteriori, la crise sanitaire du COVID-19 illustre dramatiquement ces propos. Dans cette crise, la biodiversité ne doit pas être considérée comme une contrainte, mais comme une opportunité pour concevoir un plan de relance économique intégrant la biodiversité.


Investir pour le vivant, c’est non seulement le «combat pour notre propre survie» évoqué par le président de la République qui, reprenant une proposition de la Convention citoyenne pour le climat, propose de soumettre à référendum l’inscription dans notre constitution le respect de la biodiversité. Mais c’est également générer de la valeur ajoutée dans les territoires, créer de la richesse et des emplois non délocalisables. Qui sait que la biodiversité rapporte plus qu’elle ne coûte ? «Un euro dépensé au titre de la protection de la biodiversité génère en moyenne 2,64 euros de production et 1,31 euros de valeur ajoutée. Un million d’euros de ces dépenses engendre en moyenne pratiquement 19 emplois», selon le rapport Delannoy (1).


La prise en compte des activités humaines est une des caractéristiques même du concept de biodiversité, dans la mesure où l’homme fait partie du tissu vivant de la planète : comme les autres espèces animales et végétales, en interagissant avec elles et avec les éléments abiotiques de l’environnement (dont l’énergie), l’homme bénéficie d’un cadre de vie, il «produit de la nature» et façonne ses paysages. Les activités les plus porteuses de ces interactions, comme l’agriculture, la gestion forestière, la pêche et la chasse, mais aussi les industries extractives, le tourisme, la production d’énergies renouvelables, sont toutes à prendre en considération. Les politiques sectorielles qui portent sur ces activités sont donc des leviers d’action pour limiter les pressions et mettre en place des actions favorables à la biodiversité. Les parcs naturels marins, les réserves naturelles et les réserves de chasse et de faune sauvage, que gère l’OFB, ainsi que les parcs nationaux, «établissements rattachés» à l’OFB, sont autant de territoires d’expérimentation et d’innovation pour une conciliation des activités humaines et de la protection des milieux naturels qui devrait être étendue hors de ces aires protégées.


Bâtir un socle de connaissance rigoureux et partagé

Dans ces temps troublés, pour éviter à notre société de se couper en deux entre ceux qui exigeront ce tournant civilisationnel et ceux qui se recroquevilleront sur de vieilles recettes court-termistes, nous avons besoin d’un socle de connaissances rigoureux et partagé par le plus grand nombre. C’est en nous appuyant sur la connaissance et la pédagogie que nous parviendrons à faire cause commune. L’Office français de la biodiversité et l’Ifremer travaillent, par exemple, de concert avec l’ambition de mettre en place dans les eaux françaises, de l’Hexagone aux Outremer, un suivi exemplaire de l’environnement et de la biodiversité marine.


Parmi les axes stratégiques que nous avons identifiés, nous voulons mobiliser toutes les connaissances disponibles et ouvrir notre partenariat à d’autres acteurs de la recherche (le CNRS, l’IRD, les universités…), aux collectivités, aux entreprises et à la société civile. Pour changer notre regard et nos pratiques sur la mer, nous sommes convaincus qu’il faut mobiliser non seulement les sciences de la nature (physique, biologie et écologie marine), mais aussi les sciences sociales qui sont indispensables pour comprendre l’histoire et le comportement des acteurs et les sciences numériques pour l’analyse et le partage des grandes masses de données.


Protéger la biodiversité suppose aussi de disposer d’indicateurs, qui restent à construire, pour mesurer l’efficacité des dispositifs de protection des aires marines ou les impacts directs ou indirects liés aux activités humaines. Ce que nous construisons pour la sauvegarde des mers et océans est reproductible pour les autres milieux car nous devons nous doter des outils nécessaires pour bâtir de nouveaux modèles de projection, afin de construire des scénarios nécessaires à la prise de décision publique.


Mais la force de conviction seule ne sera pas suffisante pour embarquer l’ensemble de la société si nous voulons agir, au quotidien, pour le vivant. Chaque action engagée devra apporter la preuve de son efficacité afin que chacun ait une conscience claire et immédiate de sa contribution à la préservation de la planète et de l’humanité.


(1) La biodiversité une opportunité pour le développement économique et la création d’emplois, Emmanuel Delannoy, Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer en charge des relations internationales sur le climat (2016).



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