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Mathilde Imer, retour à l’échelon local

Par Didier Arnaud—22 juin 2020


La coprésidente de Démocratie ouverte milite pour des prises de décision au niveau des territoires.


Lorsqu’elle était étudiante en biologie et sciences politiques, elle prêtait l’oreille tous les jours à des informations en lien avec l’environnement. Ces dernières lui restaient dans la tête. Et puis, comme dans les contes, c’est en se promenant dans la nature que le lien s’est fait. Et qu’elle a «vraiment compris». «On n’est pas en dehors du vivant, la crise actuelle le montre bien, je me lève inquiète et en panique quand je vois la réalité du changement climatique. Et puis, je deviens enthousiaste quand je me dis qu’il y a un monde à inventer et transformer.»


Mathilde Imer, 29 ans, est coprésidente de Démocratie ouverte. Etudiante, elle s’est engagée dans une association écologiste, puis a côtoyé le monde de l’entreprise et le gouvernement, travaillé dans le cabinet de Laurence Tubiana pour la COP 21. Elle dresse un constat implacable. «Quel que soit le niveau, celui de l’Etat, des territoires, des ONG écolos, notre modèle de gouvernement n’est pas adapté, la conférence pour le climat devrait dicter ce qu’on devrait accomplir.»


La convention citoyenne pour le climat, ce sont 150 citoyens tirés au sort représentant la société française. Ils ont pour mission de trouver des propositions pour réduire les gaz à effet de serre. Ces propositions sont transmises à la voie réglementaire directe. Il y a eu six sessions de délibération. La dernière se déroulera en juin. Dans le cadre de la crise du Covid-19, une session spéciale donnera lieu à une déclaration pour le gouvernement, destinée à «flécher» la masse d’argent vers les secteurs d’avenir qui respectent l’environnement et le climat, «pour éviter ce qui s’est passé en 2008, où la relance s’est accompagnée d’une grosse pollution» selon Mathilde Imer.


Doutes

Est-ce que tout cela va réussir ? Mathilde Imer émet un certain nombre de doutes, «car les 20 milliards de la crise vont aussi aller vers des industries comme Renault ou Air France, où les conditions sont assez maigres quant à la question écologique». Mais la responsable de Démocratie ouverte tempère son propos aussitôt. «Cela peut marcher, car on est tous sidérés par la crise actuelle. On n’ose pas porter la voix, alors qu’on a besoin précisément d’un engagement fort. Or, une convention citoyenne est un levier important pour faire pression sur le gouvernement.» A ce stade, on s’interroge sur le fait que les catastrophes ont déjà eu lieu, et s’il n’est pas trop tard pour intervenir. Réponse : «Les sécheresses, inondations, incendies de forêts, bref les crises se multiplient, pas sans lien avec celle d’aujourd’hui. Il est loin d’être trop tard pour éviter des impacts massifs, il faut se poser la question de comment éviter un nombre de morts trop importants, et cette bataille se mène aujourd’hui.»


Lettre ouverte

Pour ce faire, Mathilde Imer et d’autres personnes engagées et préoccupées par la question climatique ont écrit une lettre ouverte au président de la République intitulée «Nous les premiers». Elle stipule que ses auteurs sont «inquiets» par rapport à ce qui s’est passé en 2008, où la reprise de la croissance s’est accompagnée de pollution massive, qu’ils désirent définir le monde de demain, qu’ils lancent également un appel aux autres collectivités pour continuer dans ce mouvement-là, avoir une assemblée citoyenne future pour des sociétés plus résilientes, qui ait un droit de véto suspensif sur certaines propositions.


Ainsi, des mesures néfastes au climat et à l’environnement ne passeraient pas, seraient renvoyées aux deux autres assemblées. «Cela stopperait tout ce qui est climaticide», tranche Mathilde Imer. Qui prend soin d’ajouter : «Car on continue malgré tout encore avec les activités polluantes.»


Le mouvement initié par Démocratie ouverte s’est inspiré de l’Irlande quand elle a légiféré sur l’avortement, mais d’autres conventions existent aussi en Grande-Bretagne, Espagne, Irlande. L’Allemagne y réfléchit, le Danemark est intéressé, et Mathilde Imer en est persuadée, L’Europe peut avoir sa place dans une économie basée sur le respect du vivant.


Transformations

Le futur enjeu, selon elle, se situe du côté des territoires, où les inégalités se trouvent intimement liées avec l’environnement. Selon elle, le niveau de conscience vis-à-vis de ces questions a évolué, notamment avec la crise du Covid. Un tas de questions viennent à l’esprit des citoyens, notamment celle de la vulnérabilité de notre planète face à un simple virus. «Il faut transformer cette question en énergie créatrice, constater que les personnes en première ligne actuellement sont les plus mal payées du pays.»


«Taper du poing»

Et peut-être en conclure que les gens sont «prêts à questionner le modèle économique dans lequel on est, où toutes les règles sautent ; «alors si elles sautent comme cela, c’est bien qu’elles peuvent changer». Bref, un espace se crée pour un débat, où on peut diffuser des idées. Et selon Mathilde Imer, c’est aux territoires de mettre en place un processus démocratique à grande échelle. «Il faut taper du poing sur la table. Tout le monde y va de sa tribune et de sa pétition, il faut cesser l’éparpillement, proposer quelque chose sur la méthode.»


Mathilde Imer ne désespère pas, au vu des exemples locaux – les recycleries notamment – qui marchent bien, et devraient essaimer. «Si on parvient à raviver ce qui se fait localement, il existe un espoir, mais il lui faut persister.»




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