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Maisons de paille, de bois… Des matériaux naturels pour des villes plus écologiques

Mis à jour : avr. 23

Par Christelle Granja - Journal Libération


Utiliser les matériaux biosourcés et réutiliser ce qui peut l’être pour bâtir des villes à l'architecture vivante : c’est le pari du collectif Bellastock.


Fabriquer en quelques jours un village en paille, en terre, ou suspendu dans les arbres : ce pari rassemble chaque année des centaines de jeunes participants, sous l’égide de Bellastock, une coopérative d’architectes, d’ingénieurs et d’urbanistes. Au-delà de la réjouissante réalisation collective, «il s’agit de transmettre aux étudiants, futurs architectes ou acteurs de la ville, l’idée que leur projet sera détruit. Le festival [à Arles en juillet, ndlr] durant moins d’une semaine, les participants sont amenés dès les étapes de la conception et de la réalisation à penser au démontage. Ils prennent ainsi conscience que l’architecture fait partie d’un cycle de vie», explique Antoine Aubinais, codirecteur de Bellastock.


L’expérimentation permet aussi d’éprouver le potentiel de matériaux biosourcés tels que la paille, le bois ou la terre. Autant de ressources locales faiblement carbonées et facilement compostables ou réutilisables, qui permettent des constructions moins polluantes, de leur fabrication jusqu’à leur démantèlement. Car si le béton est plus performant et résistant techniquement, il est fortement émetteur de CO2, très vorace en ressources naturelles (puisqu’il est fait d’eau, de sable et de ciment) et très difficile à traiter comme déchet. Or«il est temps que les architectes s’emparent de la question de la fin de vie d’un bâtiment»,martèle Antoine Aubinais. Le bâti naît, meurt ; s’il s’inscrit dans un cycle de la matière, il devient moins néfaste pour l’environnement.


Chantier

Mais il faut du temps pour changer des décennies d’habitudes architecturales. «Il est essentiel de faire évoluer les pratiques, mais aujourd’hui, nous agissons aussi en aval, car cela fait plus de cinquante ans qu’on bétonne et qu’on industrialise le secteur du bâti. Alors pour limiter la casse, nous récupérons les matériaux dans les bennes», résume Antoine Aubinais, qui prône, avec Bellastock, le développement du réemploi. Ce dernier consiste – contrairement au recyclage – à construire avec des matériaux de seconde vie sans leur faire subir de transformation trop importante. L’ambition étant de limiter l’extraction de matière première, sa transformation énergivore, l’enfouissement de gravats, mais aussi les temps de transports… Vaste chantier : le secteur du bâtiment génère chaque année en France plus de 40 millions de tonnes de déchets.


Dont acte. Pour la réhabilitation d’une crèche dans le XXe arrondissement de Paris, l’équipe de Bellastock a identifié un gisement de portes en chêne massif inutilisées dans un chantier du quartier, qui a été revalorisé et intégré au projet architectural, pour habiller la façade en jouant le rôle de brise-soleil. «Selon les projets, nous réemployons aussi du béton, pour réaliser un dallage par exemple. C’est une matière moins facile à revaloriser que le bois, car elle est plus lourde, souvent armée, avec des alliages ciment-sable-métal. Malgré cela, cette seconde vie ne coûte pas plus cher que le rachat de matière neuve, et elle est bien sûr plus écologique», défend le codirecteur de Bellastock.


Projets

La démarche reste encore marginale : moins de 1% des matériaux du BTP seraient réutilisés, selon les initiateurs du projet européen FCRBE (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements). Quant aux matières biosourcées, elles sont minoritaires dans la construction. Mais la tendance s’affirme, comme l’illustre la première réalisation de l’appel à projets Réinventer Paris. La Ferme du rail, inaugurée cet hiver, comprend une vingtaine de logements, une ferme de polyculture et d’insertion sociale et un restaurant. Signe distinctif : «Les bâtiments sont en ossature bois et l’isolation principale provient de bottes de paille d’un agriculteur des Yvelines», explique Clara Simay, l’une des architectes du projet. Par ailleurs, du carrelage en fin de stock pave les salles de bains, de vieux montants de fenêtres structurent les jardinières, et d’anciens éléments de voirie de la ville de Paris servent de murs de soutènement du jardin.

«Le réemploi et l’usage de matériaux biosourcés relèvent du même ressort : diminuer l’impact carbone et agir socialement, sur le territoire. Bien sûr, cela pose la question de la fin de vie du bâti : on ne construit pas pour l’éternité», conclut Clara Simay.



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