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« Le nectar des jardins urbains à la rescousse des insectes »


par David Grémillet, directeur au Centre d’études biologiques de Chizé - 2 mai 2021

Agir pour le vivant : Chronique «l’Albatros hurleur»


Chaque semaine, «l’Albatros hurleur», une chronique écologique de David Grémillet. Aujourd’hui, une étude comparative sur la nourriture disponible dans les jardins de ville et les champs.


Une journée de printemps ensoleillée dans les Deux-Sèvres. Dans mon jardin, abeilles et bourdons vrombissent. Juste de l’autre côté du mur de pierre sèche, la parcelle agricole est silencieuse. Les populations d’insectes pollinisateurs s’effondrent en Europe de l’Ouest, principalement par manque de nourriture. Les zones habitées sont-elles des refuges pour toutes les petites bêtes ?


Des collègues (1) ont étudié la question dans douze localités du Royaume-Uni, en comparant la quantité de nectar produite par les fleurs en ville, en zone agricole et dans des espaces protégés. Pour cela, ils ont autant que possible prélevé le nectar des différentes fleurs avec une micropipette, devenant eux-mêmes butineurs. A leur grande surprise, il n’y avait en moyenne pas plus de nectar disponible pour les insectes en ville par rapport aux surfaces agricoles et aux espaces protégés. Cependant, au sein des zones urbaines, certains habitats totalement bétonnés étaient extrêmement pauvres, alors que les jardins des particuliers produisaient 85% de tout le nectar disponible, quatre fois plus que les parcs publics.


Les fleurs exotiques devenues essentielles ?


Ainsi, les insectes ont beaucoup plus de nourriture à leur disposition dans un jardin que sur une surface agricole. Ce nectar urbain provient d’une grande variété de plantes, ce qui contribue à sa qualité et prolonge la période de l’année au cours de laquelle il est disponible. Seconde surprise : dans les jardins, 83% du nectar était produit par des plantes exotiques. On considère souvent ces espèces comme «belles et inutiles», car peu bénéfiques pour la biodiversité locale. Certaines sont mêmes envahissantes et potentiellement néfastes.


De fait, l’étude des universitaires britanniques indique que les plantes à fleurs exotiques sont peut-être devenues essentielles à la survie des insectes dans nos paysages urbains. Ainsi, parmi les 536 plantes à fleurs qu’ils ont étudiées, les scientifiques soulignent que des espèces comme la bourrache et l’arbre à papillon (respectivement originaire du Moyen Orient et de Chine) sont d’excellentes sources de nectar. En ce qui concerne les parcs publics, ils recommandent de réserver certaines zones afin d’y cultiver des mélanges de fleurs, ce qui permet de produire seize fois plus de nectar que sur une pelouse.

Cette étude ne manquera pas de réjouir les adeptes des jardins urbains, où les plantes à fleurs prennent désormais une allure militante ; je penserai à eux en observant les abeilles butiner dans les massifs de bourrache qui fleurissent en bordure de mon potager.


(1) Tew, N. E., Memmott, J., Vaughan, I. P., Bird, S., Stone, G. N., Potts, S. G. & Baldock, K. C. (2021). «Quantifying nectar production by flowering plants in urban and rural landscapes» in Journal of Ecology n°109 : 1747-1757.

David Grémillet est directeur du Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS-La Rochelle Université) Chaire d’Excellence Nouvelle Aquitaine.


Également disponible sur le site de Libération.

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