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La roue tournera-t-elle enfin pour le vélo ?

Par Christelle Granja—11 juin 2020


Et si la mise à l’arrêt temporaire de nos sociétés favorisait l’émergence d’une mobilité plus écologique ? Face au tout-voiture contesté et à des transports en commun devenus anxiogènes, le vélo pourrait durablement gagner du terrain.


Le confinement comme une opportunité de changement ? Sans nier le coût social, sanitaire, psychologique et économique de la vaste mise sous cloche que nous venons de vivre, beaucoup veulent y croire. L’auteur Julien Dossier est de ceux qui appellent à se saisir de cette situation inédite pour mettre en œuvre – maintenant, vite – de nouveaux modèles. Dans son ouvrage Renaissance écologique (Actes Sud, 2019), ce consultant en stratégies de transition écologique identifie vingt-quatre chantiers prioritaires pour une société moins carbonée. Parmi eux, la mobilité.


Levier

Le mouvement des gilets jaunes avait déjà révélé les défaillances de nos rapports à l’espace et aux transports ; aujourd’hui, la crise du Covid-19 réactive l’urgence à se saisir de ce levier de transition. Pendant plusieurs semaines, une étrange torpeur a émané des rues et des carrefours, vidés d’une large partie des 40 millions de véhicules du parc automobile national en circulation. Et aux côtés de trottoirs étroits sinon absents, les artères routières apparaissaient d’une démesure grotesque, révélant, s’il en était encore besoin, la place prépondérante accordée à la voiture dans nos zones urbaines.


«Le confinement nous pousse à transformer notre relation à la proximité», observe Julien Dossier. Le temps presse : le modèle de mobilité actuel creuse les inégalités sociales et dévaste l’environnement. Les transports sont responsables de 30% des émissions de gaz à effet de serre en France métropolitaine, devant l’agriculture et le BTP (1). Et la voiture individuelle, cette chère «titine» particulièrement dépendante aux énergies fossiles, participe à hauteur de 53% à cette pollution. «Nous sommes nombreux à souhaiter qu’après cette crise, les choses ne soient plus comme avant. Agir pour le vivant est urgent, c’est à cette condition qu’on réduira les risques de reproduire une crise similaire à celle du Covid-19. L’enjeu n’est pas d’inventer la machine volante à couper le beurre, mais de partir de ce qui a déjà fait ses preuves», défend Julien Dossier.


Mesures

Et en matière de méthode éprouvée, les mobilités dites actives, la marche et le vélo, se posent là. Si elles ne répondent pas, bien sûr, à tous les besoins, elles restent encore largement sous-investies. Mais face à des transports en commun peu propices au respect des désormais fameux «gestes barrières», leur cote pourrait grimper. Alors que le virus rôde, beaucoup préféreront enfourcher leur vélo plutôt que monter dans un bus ou faire appel au covoiturage… Du moins si les aménagements urbains le permettent. Plusieurs villes ont récemment annoncé des mesures en faveur de la petite reine : Montpellier prévoit des aménagements cyclables provisoires pour faciliter l’accès aux centres hospitaliers, Paris évoque la transformation temporaire des boulevards de la capitale en pistes cyclables, et Nantes vient d’ouvrir un premier axe cyclable transitoire…


«Bien, mais pas suffisant», alerte Laura Foglia, responsable de projets mobilité chez The Shift Project, un groupe de réflexion défendant une économie moins carbonée. «Mettre en place, dès maintenant, des mesures d’urbanisme temporaire est essentiel, car la situation exceptionnelle que nous connaissons offre un terrain d’expérimentation géant (2).


Mais dans l’après-confinement, il faudra agir de façon plus systémique, car le risque est réel que la population se reporte sur la voiture individuelle et non sur les mobilités actives pour remplacer l’usage des transports en commun», précise l’experte, qui invite à agir sur l’offre mais aussi sur la demande de mobilité. Ainsi, au-delà des nécessaires pistes cyclables, l’accessibilité à une flotte de véhicules, les services de maintenance, les infrastructures de stationnement, la formation, et plus largement la densité et la diversité urbaines doivent être repensés. Par ailleurs, la fiscalité est encore très favorable à l’usage de la voiture particulière. «Face au système automobile, il est urgent de construire un système alternatif» martèle Laura Foglia.


Ce message sera-t-il entendu ? Les élections municipales approchent. Verts et socialistes soucieux d’écologie font liste commune dans nombre de grandes villes. Peut-être le début d’un réel changement ? Verdict le 28 juin à 20 heures.

(1) Le trafic routier est-il vraiment le premier émetteur de CO2 en France ? Notre article (2) Entretien réalisé durant le confinement.


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