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« Justine Augier, un nouveau regard sur les exilés »


par Marine Dumeurger - 4 mai 2021

Agir pour le vivant : Portrait


Dans son dernier livre, à travers la vie d’un intellectuel syrien installé à Berlin, la romancière invite le lecteur à repenser la place des immigrés en Europe.



Elle aimerait que le regard change sur les exilés, que l’imaginaire collectif trop souvent hanté par la peur et la menace, s’enrichisse. Justine Augier voit en ces nouveaux venus un renouveau bienvenu. Ainsi dans son dernier livre, Par une espèce de miracle, (dont Libération avait parlé à sa sortie) elle raconte le parcours de Yassin al-Haj Saleh. Persécuté par le régime de Bachar al-Assad, ce penseur syrien a passé seize ans en prison avant de participer à la révolution puis de trouver refuge en Allemagne. «A travers lui, je me suis aussi intéressée à la présence de ces Syriens en Allemagne», détaille l’écrivaine. Refusant de les réduire à des victimes, seulement porteurs d’un récit tragique, elle les conçoit plutôt comme des «gens ayant fait la révolution». «Ils ont voulu inventer une nouvelle forme de gouverner. Dans une Europe cloisonnée et figée sur la question des réfugiés comme des identités, ils représentent un apport unique.» Et de citer en exemple le long combat mené par des immigrés pour obtenir la condamnation des criminels de guerre syriens, comme à Coblence récemment. «Ils ont entrepris en amont un travail de documentation afin de collecter des preuves. Ils ont trouvé des brèches dans les systèmes judiciaires. Ils font part d’une formidable ingéniosité.»


Installée depuis trois ans à Paris, Justine Augier a pendant longtemps vécu à l’étranger, à Jérusalem et à Beyrouth notamment. Intéressée par la littérature et les relations internationales, elle se passionne très tôt pour le Moyen-Orient. «J’ai été attirée par les enjeux politiques et culturels qui s’y trament, par la cause palestinienne, à laquelle j’ai toujours été sensible, et aussi par les liens entretenus avec notre histoire, celle coloniale, celle de la Shoah.» D’abord engagée dans l’humanitaire, elle se pose rapidement des questions. «J’étais jeune quand l’Irak a été envahi par les Etats-Unis et le Royaume-Uni et ma vision de l’humanitaire a changé. J’ai compris que notre engagement était complexe, qu’il ne pouvait être détaché de notre passé.» Cette complexité, elle décide finalement de la restituer dans l’écriture, un moyen éclairé de lutter contre «une forme d’écrasement du réel».


Publié en 2017, son avant-dernier livre De l’ardeur dressait déjà le portrait d’une dissidente syrienne, Razan Zaitouneh, enlevée en décembre 2013 et jamais réapparue. Justine Augier a écrit cette enquête de Beyrouth, secouée par l’injustice éprouvée lors de la répression de la révolution syrienne. Mais cette tragédie de l’ailleurs tend à ses yeux un miroir à notre société. «Elle raconte beaucoup de choses de l’acceptation de l’impunité face à des crimes pourtant connus et de nos renoncements à nos valeurs d’hospitalité.»


Également disponible sur le site de Libération.

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