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« Extinctions, pénurie d’eau, exodes L’alerte apocalyptique du Giec sur le changement climatique »

par LIBÉRATION et AFP - 23 juin 2021

Catastrophe


Un résumé du projet de rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat alerte sur les conséquences dramatiques et rapides du dérèglement climatique.

« La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas.» On ne peut pas être plus clair. Dans un futur rapport de près de 4 000 pages, destiné à être publié en février 2022 mais dont le résumé technique a été obtenu ce mercredi en avant-première par l’AFP, les centaines de scientifiques composant le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) alertent sur les conséquences dramatiques du dérèglement climatique.

Le Giec, qui ne s’attendait visiblement pas à ce que des passages de ce rapport non-définitif soient publiés, a réagi ce mercredi matin expliquant dans un communiqué que «les projets de rapports sont fournis aux gouvernements et aux réviseurs en tant que documents de travail confidentiels et ne doivent pas être distribués ou cités publiquement. Ceci par respect pour les auteurs et pour leur donner le temps et l’espace nécessaires pour terminer la rédaction avant de rendre le travail public. Pour ces raisons, le GIEC ne fait pas de commentaires sur le contenu des projets de rapports lorsque le travail est encore en cours.»


D’après l’AFP, on apprend donc dans ce projet de rapport que la vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée, et ce bien avant 2050. Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l’humanité vont s’accélérer, assurent les chercheurs, bien plus alarmistes que lors de leur dernier rapport d’évaluation complet en 2014.


Si l’accord de Paris de 2015 engage les signataires à limiter le réchauffement à +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et si possible à +1,5 °C, le Giec estime désormais que dépasser +1,5 °C pourrait déjà entraîner «progressivement, des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles». Or, selon l’Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de +1,5 °C soit dépassé dès 2025 est déjà de… 40 %.


L’Amazonie transformée en savane


Selon les chercheurs, même en limitant la hausse à 2 °C, jusqu’à 80 millions de personnes supplémentaires seront touchées par la malnutrition d’ici à 2050 et 400 millions de plus seront exposés aux pénuries d’eau dans les villes. Dans la prochaine décennie, 130 millions pourraient tomber dans la pauvreté extrême. Sans oublier les centaines de millions de personnes menacées par les canicules extrêmes et les vagues-submersion provoquées par la hausse du niveau de la mer.


Certaines régions (est du Brésil, Asie du Sud-Est, Chine centrale) et presque toutes les zones côtières pourraient être frappées par trois ou quatre catastrophes météo simultanées, voire plus : sécheresse, cyclone, incendies, inondation, maladies transportées par les moustiques… A cela s’ajoutent les effets amplificateurs d’autres activités humaines néfastes pour la planète, comme la surexploitation des ressources, la pollution ou encore la propagation des maladies…

Or, les êtres vivants les moins à blâmer pour ces émissions sont ceux qui en souffriront le plus. Pour certains animaux et variétés de plantes, il est peut-être même déjà trop tard : «Même à +1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter», souligne le rapport, citant les récifs coralliens, dont environ 500 millions de personnes dépendent. Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l’Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne. Sur place, des modes de vie ancestraux de peuples vivant en lien étroit avec la glace pourraient aussi disparaître.


Les «points de bascule», ces éléments clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement violent et irrémédiable, sont aussi au centre des préoccupations des chercheurs. Au-delà de +2 °C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique de l’Ouest (qui contiennent assez d’eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 mètres) pourrait par exemple entraîner un point de non-retour, selon de récents travaux. C’est pour cela que «chaque fraction d’un degré compte», insiste le Giec, alors qu’un autre point de rupture pourrait voir l’Amazonie transformée en savane.


Influer sur les politiques


Il n’y a malheureusement pas de remède miracle selon les chercheurs, même si des solutions existent. La conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de varech, qualifiées de puits de «carbone bleu», accroissent par exemple le stockage du carbone, protègent contre les submersions, et fournissent un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières. Pour les scientifiques, il n’est pas encore trop tard mais il va falloir très rapidement opérer des changements décisifs car «les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques».


«Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement, plaident les chercheurs. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation.» Le rapport ne sera officiellement publié qu’en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 Etats membres. Si des modifications à la marge peuvent encore avoir lieu, ses principales conclusions ne devraient pas évoluer. Trop tard pour certains scientifiques, qui estiment que le rapport devrait être disponible pour les décideurs dès la fin de l’année, avec en ligne de mire la COP15 sur la biodiversité à Kunming, en Chine, en octobre et la COP26 sur le climat à Glasgow, au Royaume-Uni, en novembre.


Également disponible sur le site de Libération.

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