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Et si on libérait notre imagination…

Par Rob Hopkins — 3 juin 2020


Ce mercredi sort en librairie le dernier livre de Rob Hopkins, initiateur du mouvement international des villes en transition, chez Actes Sud. Premières pages…

Je m’éveille, frais et dispos, entre les murs de paille de l’appartement où j’ai élu domicile avec ma famille. Construit il y a quinze ans dans le cadre d’une initiative locale d’urbanisation durable, le complexe de trois étages présente de nombreux avantages. Le chauffage ne coûte presque rien, car les panneaux solaires installés sur le toit fournissent toute l’électricité nécessaire, tandis qu’on trouve au sous-sol les unités de compostage des toilettes de tous les appartements.


Il est l’heure de réveiller les enfants ; après les avoir habillés et leur avoir servi le petit-déjeuner, je les accompagne à pied à l’école, empruntant un chemin qui serpente entre des jardins partagés où prospèrent des végétaux comestibles, y compris des côtes de bettes rouges dont les feuilles luisent comme des vitraux frappés par les doux rayons du soleil de cette matinée de mai. Les rues, que l’absence de circulation automobile a rendues calmes, sont bordées d’arbres fruitiers aux branches chargées de bourgeons qui s’agitent dans l’air traversé d’odeurs printanières. A présent que le réseau des «abribus comestibles» s’est étendu à l’ensemble du territoire britannique, chaque arrêt de bus que nous croisons est entouré d’un jardin : il suffit de tendre la main pour attraper un en-cas savoureux.


Aujourd’hui, les enfants semblent avoir une approche de l’école bien différente de celle d’il y a dix ans. Le ministère de l’Education a en effet décidé d’éliminer toute forme d’examen afin de donner aux élèves davantage de temps libre, qu’ils peuvent consacrer à des jeux non structurés ou à l’acquisition, auprès d’autres membres de la communauté, de compétences utiles qui leur permettront de vivre leur vie comme ils l’entendent. C’est ainsi qu’à présent, la plupart des enfants adorent l’école. Mon fils, par exemple, a récemment amélioré ses talents de cuisinier en passant une semaine dans un restaurant local.


«Abandonnez le Prozac : faites du pain»

Nous approchons désormais de l’école, entourée de potagers plantés et entretenus par les élèves, et pénétrons dans un bâtiment où nous sommes accueillis par l’odeur du pain frais et un joyeux brouhaha. Après avoir laissé les enfants devant leur salle de classe, j’enfourche un vélo public pour me diriger vers le centre-ville via l’une des nombreuses pistes cyclables. Avec la hausse du nombre de cyclistes et le déclin des voitures, la qualité de l’air s’est nettement améliorée, de même que la santé publique. Je m’arrête dans ma boulangerie préférée.


Lancée il y a quinze ans avec le slogan «Abandonnez le Prozac : faites du pain», elle s’est donné pour mission de proposer de véritables perspectives professionnelles à des personnes qui n’ont ni logement ni sécurité de l’emploi, et qui souffrent de problèmes de santé mentale. La boulangerie, dont le toit est équipé d’un potager florissant, met l’accent sur les circuits courts et fait livrer ses produits par des coursiers cyclistes. Avec le soutien de l’équipe de direction, d’anciens employés se sont eux-mêmes lancés dans le commerce un peu partout dans la ville, avec un certain succès.


Je croise sur ma route l’un des anciens hypermarchés du voisinage – nombre d’entre eux ont mis la clé sous la porte il y a une dizaine d’années. L’essor de la production alimentaire de quartier et la transition rapide vers les investissements locaux ont mené à la désertion des supermarchés, ce qui a précipité l’effondrement du modèle alimentaire industriel en l’espace de quelques années. Le bâtiment, réhabilité, sert aujourd’hui de local pour diverses petites entreprises agroalimentaires…


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