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« En touchant à un seul horaire, on bouleverse un monde »


par Christelle Granja - 28 avril 2021

Agir pour le vivant : Interview


Pour Jean-Marc Offner, directeur de l’agence d’urbanisme Bordeaux-Aquitaine, le concept de «ville du quart d’heure» n’est pas suffisant s’il se limite à mutualiser des équipements en bas de chez soi, la question temporelle étant systémique.



Jean-Marc Offner est directeur de l’a’urba, agence d’urbanisme Bordeaux-Aquitaine. Il revient, avec quelques doutes, sur le concept de «ville du quart d’heure».



En quoi le temps, que vous qualifiez de «quatrième dimension de l’aménagement», est-il aujourd’hui essentiel à la fabrique de la ville ?


La temporalité permet d’interroger les dynamiques profondes des territoires, notamment à travers les vitesses de déplacements, qui sont aujourd’hui très hétérogènes et qui déterminent nos modes de vie. Par ailleurs, la quatrième dimension de l’aménagement réintroduit dans la réflexion et la conception urbaine la question des usages, souvent délaissée dans un monde de l’urbanisme dominé par la construction. Or, cette question est d’autant plus essentielle aujourd’hui que l’individualisation des modes de vie et les horaires de travail hachés créent des rythmes désynchronisés. La maîtrise de son temps n’a jamais été aussi inégalement répartie. C’est une injustice sociale majeure – le mouvement des gilets jaunes l’a montré.


La «ville du quart d’heure», portée notamment par la mairie de Paris, permet-elle de placer le temps urbain à l’agenda politique ?

Oui, mais il faudrait aller plus loin. Si l’initiative se limite à mutualiser quelques équipements tels que des cours de récréation et à poser le dogme selon lequel «plus la vie se passe en bas de chez soi, mieux c’est», cela reste peu intéressant. Il faut rappeler que l’idée de la ville du quart d’heure n’est pas nouvelle, des sociologues tels que Bruno Marzloff l’ont théorisée bien avant sa médiatisation actuelle. Quant à la question temporelle, elle est pensée depuis des décennies : le Catral [Comité pour l’aménagement des temps de travail et de loisirs en région Ile-de-France] a été créé il y a plus de cinquante ans. Les bureaux des temps existent dans plusieurs villes françaises depuis le début des années 2000… Mais leur tâche n’est pas simple. Car la question temporelle est systémique : en touchant à un seul horaire, on bouleverse un monde.


Jean-Marc Offner est l’auteur d’Anachronismes urbains (Presses de SciencesPo, 2020).


Également disponible sur le site de Libération.

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