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« Education à l’environnement »

par Aurore Savarit-Lebrère - 24 juin 2021

Chronique « l’Albatros hurleur »


Encore le fruit d’initiatives personnelles, cette pédagogie centrée sur le respect de la nature, connaît un intérêt croissant de la part des établissements. Au collège Saint-Pierre de Jarnac, les enfants sortent de classe pour chausser des bottes.

Visseuse en main, des collégiens entreprennent de fixer des planches sur le toit de leur poulailler. Objectif : rendre la construction, installée dans la cour de l’établissement scolaire plus résistante à la pluie. Un peu plus loin, leurs camarades moins bricoleurs tentent de communiquer avec les poules. Cet après-midi au collège Saint-Pierre de Jarnac (Charente), pas de cours de maths ou de français. Les élèves de sixième passent l’après-midi en plein air, à désherber leur jardin potager et à déguster à l’aveugle des plantes aromatiques. Pour les guider, des animateurs de l’association Les Jardins Respectueux, qui intervient dans plusieurs établissements scolaires dans le département pour sensibiliser et éduquer les élèves à l’environnement et au développement durable.


«L’aspect ludique permet d’assimiler pas mal d’informations», glisse Rémi Marcotte, architecte paysagiste de formation et fondateur de l’association. Au programme par exemple, la construction d’un composteur, pour valoriser les biodéchets de la cantine. De plus en plus d’écoles, collèges et lycées mettent en place ce type d’initiations, encore rares il y a quelques années : début 2020, un peu plus d’un tiers des établissements de l’académie de Poitiers proposait un projet d’éducation au développement durable, contre un quart en 2017. Non prévu au programme, l’enseignement à l’environnement dans les collèges reste disparate et «essentiellement le fruit d’initiatives spontanées», relevait en 2014 une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). La situation a depuis évolué, affirme le ministère de l’Education nationale, qui a signé en mai un accord de partenariat avec le ministère de la Transition écologique, qui vise une «démultiplication» de l’éducation au développement durable de la maternelle au lycée.


«Plus on commence tôt, mieux c’est»


Pour Christian Bonnin, président des Jardins Respectueux, il est important de débuter l’éducation à la nature dès le plus jeune âge : «plus on commence tôt, mieux c’est, car la sensibilité à l’écologie des enfants est bien plus importante que celle des adultes.» Une façon pour les animateurs d’espérer avoir un impact sur le long terme, «même en dehors de l’école». «L’éducation à l’environnement est une base que chaque enfant doit pouvoir toucher du doigt grâce à l’école»,abonde Orane Larbi, éducatrice à l’environnement. «Ce qui me fait extrêmement plaisir c’est quand des enfants nous disent qu’ils ont construit un petit jardin chez eux avec leurs parents.»


Les élèves semblent très réceptifs : «Plus les gens agiront comme nous, plus la planète sera en bonne santé», résume une sixième, qui assure ne plus supporter les comportements «irresponsables» de certains. «Quand je vois les autres jeter des déchets par terre je m’empresse d’aller les ramasser pour les mettre à la poubelle !», se vante la pré-ado entre deux animations. Mathias – qui depuis le début de l’atelier poulailler se promène avec une poule sur la tête – a de son côté convaincu ses parents d’installer un composteur à la maison. Sa camarade Adèle s’est, elle, convertie à la consommation en circuit court : «On peut manger ce qu’on a cultivé au collège et ramener quelques aliments chez nous, alors qu’en grande surface, on ne sait pas forcément d’où ça vient…»,commente la jeune fille.


Au-delà de la sensibilisation nécessaire aux enjeux écologiques, Svenja Lhez, professeure d’allemand qui a contribué à la création de ce projet – qui a valu au collège d’obtenir le label E3D (label obtenu lorsqu’un établissement s’engage dans une démarche de développement durable) délivré par l’Education nationale en début d’année – voit aussi dans ces ateliers en extérieur l’occasion d’«apprendre différemment, en ne restant pas assis toute sa journée sur une chaise jusqu’à 17 heures». Un moyen aussi pour les collégiens de gagner en autonomie : «certains élèves qui s’autocensurent lors de travaux théoriques se découvrent et se révèlent sur ce genre de travaux pratiques»,remarque Adrien, professeur de physique-chimie. Pour l’équipe encadrante, les ateliers n’ont pas vocation à transformer les élèves en Greta Thunberg en puissance. Simplement à initier une prise de conscience, sans culpabilisation, pointe Marie Lozac’h, membre de l’association : «C’est un peu comme des graines qu’on sème, ça germe ou pas dans l’esprit des élèves !»

Également disponible sur le site de Libération.

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