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Cyril Dion : devant l'urgence climatique, «il faut un grand bouleversement»

Par Didier Arnaud - Journaliste, journal Libération


Ecrivain, réalisateur et militant écologiste, Cyril Dion prévoit le pire. En espérant une prise de conscience qui nous permettra de l'éviter.



Cyril Dion est un écrivain qui fout les jetons… Si on ne fait rien contre le réchauffement climatique, il nous prévoit des malheurs terrifiants :«Le climat en 2049, si on continue comme ça, sera un film d’horreur!» Cet auteur se pose beaucoup de questions, et ses réponses font froid dans le dos. Car Cyril Dion connaît son sujet. Il a écrit scénario du documentaire Demain deMélanie Laurent(plus d’1,2 million de spectateurs) ; directeur de collection chez Actes Sud, il est l’auteur duPetit manuel de Résistance contemporaine,écoulé à déjà 85 000 exemplaires (1). Actuellement, il prépare un film concernant notre relation avec le reste du monde vivant, centré sur le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité.


Pessimiste, l’écrivain est certain que l’on va«dépasser les deux degrés supplémentaires en 2040, ce qui enclenchera des effets domino et une rupture de la linéarité du processus». Et d’expliquer comment on en est arrivé là.«Tout vient du récit forgé dans la société productiviste, uniquement centré sur la croissance et l’obligation de consommer sans cesse.» Il faut, selon Dion, un«grand bouleversement»et non pas des«ajustements à la marge». On doit aussi installer«des indicateurs différents, et surtout se doter d’une véritable stratégie»afin d’inverser la tendance.


D’après lui, les mouvements alternatifs comme Occupy Wall Street, les gilets jaunes… c’est bien joli «mais peu organisé : il faut créer un véritable mouvement plus structuré» pour faire évoluer les choses.


Ecoute

Mais revenons à cette fameuse «rupture de la linéarité». Ce qu’elle provoquera?  Réponse : «Une planète étuve, une banquise qui fond une partie de l’année, des incendies plus fréquents – en Australie, Sibérie, Amazonie…– qui font disparaître les forêts, le cycle de l’eau arrêté… On risque ainsi de prendre rapidement cinq degrés alors qu’on a mis des siècles à atteindre un degré de plus.» L’Amazonie deviendrait savane, des centaines de millions de réfugiés apparaîtraient avec cette pénurie d’eau, et en France, des villes comme Dunkerque, Bordeaux ou encore Nantes seraient submergées. Et au-delà de l’Hexagone, une partie de la planète serait rendue inhabitable. N’en jetez plus !

Ce qu’il raconte là, il n’est pas le seul à le prédire. «Il y a une écoute du grand public depuis les deux étés qu’on vient de connaître, les 46 degrés dans le Var, les incendies, tous ces mouvements qui ont pris le relais comme le Mouvement climat, les Etats qu’on attaque en justice…» Lui-même le constate : lors des dernières municipales (suspendues), les grandes métropoles de France ont vu des maires Europe Ecologie-les Verts (ou sensibilisés à l’écologie) en passe de se faire élire, et c’est «révélateur». La question climatique est au centre de leur politique. «Ce qui serait nécessaire pour réduire les émissions et la pression sur le milieu naturel, ce serait de réduire la voilure»,conclut Dion.


Décalage

L’auteur trace un parallèle avec la pandémie du coronavirus, toutes ces alertes qui n’ont pas été prises au sérieux, des pouvoirs publics pris de court… «Si on fait la même chose avec le climat, on va dans le mur. Il faut qu’on anticipe un peu. Il s’agit de définir la façon de décélérer. Si on ne le fait pas maintenant, cela va s’imposer de manière autoritaire. C’est un enjeu démocratique», plaide-t-il. Cyril Dion souligne aussi combien cette préoccupation est devenue «générationnelle», c’est-à-dire que «l’écologie est la pensée structurante du siècle. Elle s’impose à nous».

Pour autant, dans notre société, celui qui se déclare végétarien «attire toujours sarcasme et moqueries». Celui qui veut moins bien gagner sa vie et vivre mieux, prôner la décroissance, est lui aussi en décalage. Quant à ses propres amis «qui n’ont que six vaches, ils se font rire au nez quand ils vont à la banque pour demander un prêt»«La plupart des gens n’ont pas conscience de la gravité de ce qui nous attend», conclut Cyril Dion, qui aime citer David Wallace-Wells, ce journaliste américain qui a fait un carton avec son ouvrage la Terre inhabitable(2): «Quel que soit votre degré de connaissance du sujet, vous n’êtes pas suffisamment inquiet.» Pas gai. Mais sans doute lucide.


(1) Editions Actes Sud.

(2) édition Robert Laffont.




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