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« Covid-19 : l’anthropause n’aura pas lieu »

par David Grémillet, directeur au Centre d’études biologiques de Chizé - 2 juin 2021

Chronique « l’Albatros hurleur »


Chaque semaine sur notre site, «l’Albatros hurleur», une chronique écologique de David Grémillet. Aujourd’hui, le triste bilan écologique et social de la pandémie.

Vous souvenez-vous de cette ambiance de fin du monde, au cours du premier confinement ? Une grande partie de l’humanité était assignée à résidence, et dans bien des lieux la nature reprenait ses droits. Les écologues nomment cette phase étrange de notre histoire «l’anthropause», référence notamment de l’effondrement du trafic aérien au printemps 2020 : la consommation globale d’énergie a ainsi chuté de 6 % l’an passé.


Comme de nombreuses personnes, je me suis dit : «Cette fois-ci, c’est la bonne, les nations industrialisées vont enfin transformer leurs modes de fonctionnement, revoir leurs relations à la nature». Un an et quatre millions de morts plus tard, je suis moins optimiste. Bien sûr, les mondes sauvages auront parfois gagné quelque répit, mais, au-delà de tous les drames humains, le bilan écologique de la pandémie sera négatif. Localement, les confinements successifs ont facilité un relâchement des normes environnementales au nom du maintien de la production, et le manque de contrôles a encouragé les fraudeurs.


Lire aussi: la précédente chronique de David Grémillet: Ensemble, seuls


Agriculture industrielle, pêche en haute mer, exploitation forestière et constructeurs sont passés en mode pillage, alors que l’Etat, englué dans la gestion de crise, néglige la surveillance des espaces protégés et a baissé les bras quant au respect du code de l’environnement. Ce même Etat perd de vue la transition écologique, alors que l’opinion publique est prête, et réprime sévèrement les tentatives alternatives. A l’échelle européenne, les décideurs demeurent de marbre, comme l’illustrent les débats récents, relatifs à la politique agricole commune et aux pêcheries : alors que les modalités de l’agroécologie et de la pêchécologie sont bien connues et permettraient les transitions nécessaires vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement, les plans de relance soutiennent des modes de fonctionnement écologiquement et socialement dommageables.


Croissance illusoire et mortifère


A l’échelle de la planète, il est désormais clair que la pandémie va exacerber la pauvreté et des inégalités d’ores et déjà scandaleuses entre les groupes sociaux, et les nations. On anticipe ainsi que la crise va pousser au minimum 150 millions de personnes supplémentaires vers l’extrême pauvreté et dégrader la condition des femmes, notamment dans les zones urbaines subsahariennes et en Asie.


Alors que nous sombrons à nouveau dans une frénésie de consommation à la faveur du déconfinement, et que nos systèmes économiques poursuivent une croissance illusoire et mortifère, la recherche en écologie nous rappelle que tout est lié : destructions de l’environnement, crises sanitaires et économiques, tensions sociales, avec des conséquences géopolitiques globales qui donnent le tournis.


David Grémillet, est directeur du Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS-La Rochelle Université). Chaire d’Excellence Nouvelle Aquitaine


Également disponible sur le site de Libération.

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