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Comment mettre les banques face à l’urgence climatique ?

Par Julien Vidal, (fondateur et porteur du projet «Ça Commence Par Moi») —26 mai 2020


Les financements devraient prioritairement être réservés aux énergies propres. Ce n'est pas le cas…


Pour espérer rester sous la barre fatidique des 2°C de réchauffement, nous devons laisser dans le sol un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80% de nos réserves de charbon. Face à ce défi, les banques ont un rôle clé en orientant leurs financements vers des énergies propres. Or, depuis la COP21 et la signature de l’accord de Paris, celles-ci ont augmenté leurs soutiens aux projets d’énergies fossiles.


Profits ou climat, le choix est fait

Alors que l’urgence climatique est en retrait face à l’omniprésence de l’épidémie actuelle dans les médias et dans les discussions, les acteurs de la finance française organisent leurs assemblées générales pour discuter des stratégies d’investissement pour les années à venir ! Or, tout laisse à penser que, plutôt que de revoir profondément leur portefeuille pour alléger leur empreinte écologique et soutenir des initiatives durables, les grandes banques décident de participer à la relance des énergies fossiles.


Cette crainte se renforce quand on regarde l’historique des cinq dernières années. En effet, le Fossil Fuel Finance Report Card 2019 révèle que les 33 principales banques mondiales ont accordé 1 688 milliards d’euros de financements aux énergies fossiles depuis la COP21 de 2015. Parmi elles, quatre banques françaises ont mis à disposition 198 milliards d’euros aux énergies fossiles. Et pendant que les banques soutiennent massivement ces énergies polluantes, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont baissé de 8% entre 2017 et 2018, selon le cabinet d’études Bloomberg New Energy Finance. Non seulement ces institutions ne suivent pas les recommandations de l’accord de Paris mais pire, elles nous font aller tout droit dans la direction opposée.


Reprendre le pouvoir de notre argent

Que faire ? Comment faire comprendre aux acteurs financiers publics comme privés que le secteur des énergies fossiles n’a pas sa place dans le monde d’après ? La bonne nouvelle c’est que l’argent que les grandes banques utilisent pour dérégler le climat et faire tourner le «monde d’avant», c’est le nôtre ! Alors, reprenons-le et orientons-le afin de limiter au maximum les externalités négatives transférant nos comptes bancaires au Crédit coopératif, à la Banque postale ou à la Nef (pour les professionnels) qui sont les banques françaises dont l’empreinte environnementale est la plus faible.


Et puis, en plus de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, investissons dès aujourd’hui pour accélérer la construction des sociétés durables, égalitaires et joyeuses de demain. Que ce soit en utilisant une monnaie locale complémentaire pour faire circuler la monnaie sur un territoire afin de soutenir les initiatives durables et locales ou en mettant notre épargne à disposition de mouvements vertueux (Terre de liens,Energie partagée,Blue Bees,LITA.co), nous avons l’embarras du choix. Et notre pouvoir est considérable puisque l’épargne des ménages français dépasse les 5 000 milliards d’euros, soit plus du double du produit intérieur brut national du pays.


L’étincelle du changement systémique

Pourtant, malgré toute leur bonne volonté, les citoyens n’arriveront pas à inverser à eux seuls le cours des choses. Les changements économiques et politiques systémiques sont obligatoires et il est temps de mettre les entreprises et l’Etat face à leur responsabilité. Comment ? En soutenant les actions de lobbying menées par les associations (comme Oxfam, les Amis de la Terre, 350.org ou encore Attac) qui mettent la pression sur ces grandes institutions.

Pour aller plus loin, la possibilité de rejoindre un mouvement de désobéissance civile (comme Alternatiba, ANV-COP 21 ou encore Extinction Rebellion) existe pour mettre le doigt là où ça fait mal : sur l’image ! A notre époque où la communication est reine, les actions de désobéissance civile sont un contrepoids puissant qui permet d’afficher aux yeux du monde les incohérences de l’Etat et des grandes banques.


Rendons-nous compte que nous avons la possibilité de reprendre le pouvoir de notre argent pour protéger et régénérer plutôt que spéculer et détruire. Nous citoyens, avec nos moyens financiers, petits ou confortables, avons un rôle clé à jouer dans cette transformation radicale. C’est même notre capacité à réorienter rapidement (et à faire réorienter par la loi) les flux financiers qui déterminera, en grande partie, notre capacité à garantir à l’être humain des conditions de vie soutenables sur Terre dans les prochaines décennies.


Retrouvez toutes les semaines le Billet de Julien Vidal, fondateur de "Ça commence par moi" sur libération.

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