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« Chris Blache : face aux villes trop viriles »


par Marine Dumeurger, - 23 avril 2021

Agir pour le vivant : Portrait


Anthropologue, cofondatrice et coordinatrice du groupe de réflexion Genre et Ville, elle entend réinvestir le terrain pour plus d’égalité homme-femme.




Elle imagine une ville où tout le monde aurait sa place, une cité posant la question de l’égalité homme-femme au sens large, non seulement dans son mobilier urbain mais aussi dans ses mobilités, l’accès à l’emploi ou la lutte contre les stéréotypes… Anthropologue urbaine, après un parcours qu’elle qualifie d’éclectique - elle a étudié la psychologie, la musique puis travaillé dans la production audiovisuelle et les nouveaux médias -, Chris Blache a cofondé le groupe de réflexion Genre et ville. Activiste, membre des féministes de la Barbe, elle revient sur la création de ce bureau d’études en 2012 avec une urbaniste, Pascale Lapalud. «Nous avions envie de proposer autre chose, notamment une vision des territoires moins normée.» Pour elles, un constat clair : la ville n’est pas égalitaire. Chris Blache prend pour exemple les équipements sportifs, fréquentés en grande partie par les hommes, boulodromes, terrains de jeu ou de fitness. «Ce sont des espaces d’éloge de la virilité. On y trouve des barres de traction avec des hommes torse nu. Nous assistons à une véritable préemption du public par une vision hétéronormée.» Ainsi les hommes ont des légitimités à y être. Ils occupent les bancs, les stations Velib, certains arrêts de bus. A l’opposé, les femmes sont confinées dans des lieux et mettent en place des stratégies d’évitement pour ne pas être regardées. «Elles restent légitimes dans certaines fonctions, dans les transports pour aller au boulot, derrière une poussette, en train de faire les courses, mais pas assises à profiter sur un banc. Il leur est plus compliqué de trouver une place : elles sont facilement critiquées, on le voit bien pour l’habillement, une robe trop courte, trop longue, un voile, un burkini.» Si à l’écouter, l’espace public nous met constamment dans des cases, Chris Blache, entend sortir de cette norme. Elle défend : «On peut décider d’avoir conscience de cela, ou pas. C’est un choix.» Avec sa plateforme, elle propose de déconstruire ces habitudes, de réinvestir le terrain. «Nous voulons penser la ville pour tous et la plus diverse possible. Que ce soit les collectivités ou le grand public, nous amenons les publics à s’interroger sur ces thèmes, à changer les ergonomies.» Afin d’illustrer son travail, elle évoque l’éclairage urbain. «Comment produire des ambiances, où il est agréable de se promener. Cela permet de la mixité.» Ou la conception d’une aire de covoiturage. «Il faut l’imaginer non pas uniquement comme un lieu où se garer, mais comme un espace d’échange au service de la population. La situer non plus en périphérie, plutôt en cœur de ville, avec pourquoi pas des camions mobiles de restauration, un endroit où faire du troc, ou autre chose.» L’idée finalement simple d’une cité conçue pour tous.


Également disponible sur le site de Libération.

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