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Pour Ernst Zürcher, la ville a la gueule du bois

Par Marine Demeurger, 17 avril 2021

Agir pour le vivant : Portrait


Ingénieur forestier, professeur et chercheur en sciences du bois à la Haute Ecole spécialisée bernoise, Ernst Zürcher revient sur la place des arbres dans la cité.


Dans une ville où la voiture est omniprésente, Ernst Zürcher défend les arbres, d’abord pour le bien-être qu’ils nous procurent mais aussi pour le modèle d’entraide qu’ils mettent en place. «Les arbres sont des êtres communautaires. Ils s’associent pour mieux vivre et il faut vraiment réfléchir à cela : comment rendre leurs systèmes naturels complémentaires et leur permettre de pousser connectés. Par exemple, s’ils sont plantés alignés, leurs racines se touchent et ils s’entraident au niveau hydrique. Cela permet un fonctionnement global plus résilient.» Ingénieur forestier de formation, le chercheur suisse revient du Costa Rica et s’émerveille encore de la ville de Curridabat, 180 parcs pour 30 000 habitants environ, où des corridors verts ont été mis en place afin de faciliter le passage des papillons, des abeilles, des oiseaux et offrir à tous une biodiversité plus riche.


Au sujet de l’utilité des arbres, Ernst Zürcher parle d’abord de leur «prestation climatique». «Ils permettent de rafraîchir les villes, mais trop souvent les aménageurs pensent qu’un arbre en vaut un autre. En réalité, il faut prendre en compte l’individu dans son ensemble, son âge, ses dimensions, sa superficie, le nombre de ses feuilles.»


Les arbres, des êtres familiers

A ces considérations pragmatiques s’ajoutent d’autres apports, moins connus, plus sensoriels. Ainsi l’arbre occupe une échelle différente de celle de l’homme. Il modifie notre perception de l’espace. «En ville, tout le monde est confronté à son voisin. A sa hauteur, un platane déploie sa ramure, sa couronne. Chaque branche et ses feuilles vont interagir avec la lumière. Il va aussi émettre des sons, celui du vent dans son feuillage, des oiseaux sur ses branches. Il multiplie le territoire, développe les sens, l’odorat, la vue, mais également le toucher grâce aux contacts avec ses feuilles ou son écorce.» Il cite la ville suisse de Zurich qu’il connaît bien et l’odeur de tilleul qui la caractérise. «C’est fabuleux. Ce parfum magnifique fait gagner en qualité de vie.»


Ainsi aux yeux du professeur, les arbres doivent être considérés comme des êtres familiers. «Nous grandissons avec eux et nous savons qu’ils vont nous survivre. C’est la loi générale. Ils nous offrent une certaine quiétude, une forme de fidélité rassurante.» Pour cette raison, on doit les conserver le plus longtemps possible et surtout informer bien en amont les riverains, si on projette de les supprimer ou de les remplacer. «La population y est attachée, voilà pourquoi elle doit être avertie et avoir un droit de recours en cas de désaccord. Il faut lui donner le temps de prendre congé de ses arbres.»



Également disponible sur le site de Libération.

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