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« A Nancray, un musée pour apprendre des fermes d’antan »

par Didier Arnaud, envoyé spécial à Nancray (Doubs) - 10 septembre 2021

Agir pour le Vivant : Reportage


Dans un musée du Doubs, une trentaine de maisons témoignent de l’adaptation constante des hommes à la nature.

Seize hectares, dans un lieu dénommé «le Peu», ce qui signifie qu’ici, la terre ne donne rien… L’abbé Jean Garneret, homme du début du XXe siècle, visionnaire s’il en est, en a décidé autrement. Il pressentait que les maisons et fermes de Franche-Comté allaient être avalées par la modernité. Il voulait en conserver une trace. «Le Peu» conviendrait. «Il ne voulait pas recréer un village, explique Florence Coutier, conservatrice du patrimoine. Pas plus que de prendre de bonnes terres aux paysans.»


Au musée des Maisons comtoises, à Nancray, à vingt minutes de Besançon, dans le Doubs, la nature s’exprime. L’endroit est d’un vert absolu, les vallons sont jolis. Jeune homme plein de talents atteint de la bougeotte, l’abbé sillonne l’Europe à vélo à la fin des années 30, découvre les musées de plein air, et se dit à part lui :«C’est cela que je veux faire !»


Alors il s’arme de son carnet et de crayons à mine – il dessine formidablement bien – acquiert d’emblée une maison dans le Haut-Doubs et se met en quête d’un terrain. Une gageure. Les fermes – treize au total – sont acquises les unes après les autres, démontées pierre par pierre. On y colle des pastilles de couleur pour ne pas se tromper au moment du remontage. On recrute un maçon, on forme au démontage et au remontage des artisans. On fait même appel à l’armée… «On a un aperçu de toutes les maisons qu’on pouvait rencontrer dans la région», souligne Virginie Duede-Fernandez, la directrice du musée.


Une vache produit 1 800 kilowatts par heure


L’abbé Garneret voulait garder une trace de la vie agricole. Faire prendre conscience aux habitants de la richesse de leur patrimoine. Les fermes témoignent toutes de l’économie de moyens dont on a fait preuve, pour conserver la chaleur notamment. «Plus on est modeste, moins on a d’ouvertures», explique Florence Coutier. Le rapport a l’animal est différent. Il faut juste calculer qu’une vache produit l’équivalent de 1 800 kilowatts par heure. C’est dire si on a intérêt à la garder tout près. Les animaux, représentent les biens les plus précieux sur cette aire géographique. Ils bénéficient – plus que les hommes – de la chaleur du soleil. Les familles modestes disposent d’une vache, grand maximum. Au-delà de quatre, ce sont des riches.


Les visites de ces fermes permettent également de découvrir de quelle façon on transportait l’eau de lisier dans des charrettes munies de cuves, mais aussi de se rappeler comment le rapport à la terre a changé profondément dans la population hexagonale. 55 % de la population est rurale en 1911… Un taux qui descend à 19 % aujourd’hui. La rupture s’est consommée entre la Première et Seconde Guerre mondiale avec notamment le chemin de fer et la mécanisation induits par le plan Marshall. «Dans les années 50, le commercial arrive dans les cours de ferme»,détaille Florence Coutier. C’est l’ingénierie, la course au rendement. Pendant ce temps, les aïeux tentent aussi de transmettre le savoir et les gestes.


«Maison pull-over»


Au fur et à mesure de la balade, on prend la mesure du rôle de la femme et celui des enfants dans la ferme, avec le trou béant laissé par les hommes morts aux guerres. On découvre cette immense cheminée qui permet le fumage de la viande. Là, on est à huit cents mètres d’altitude, dans la région de Morteau. Point de carrière. Bois de feuillus et tuiles partout. Le calcaire affleure, il y a des sapins à profusion. Des jardins ornent toutes les maisons et servent de garde-manger au restaurant du musée.


On pénètre dans cette «maison pull-over», où les hivers peuvent durer six mois avec beaucoup de neige. L’isolation est prévue dans les murs. Les paysans exercent une double activité. Ils ravaudent, travaillent la ferraille, la quincaillerie…


Dans certaines fermes, l’apport de lumière est important. On s’aperçoit aussi que la Franche-Comté s’affranchit vite du four banal, en construisant pour ses fermiers… Il marche une fois par mois. On y fait mijoter plats en cocotte, sécher les plumes pour les duvets et édredons. Plus loin se trouve la fruitière à comté. Il faut conserver le lait, bouilli ensuite sur un énorme feu. «On a construit les fruitières à cause de la menace des incendies», explique Virginie Duede-Fernandez.

Les cheminées sont souvent munies de vantaux réglables pour améliorer le tirage. Au pied du foyer se trouve la crémaillère, pendue pour marquer ce rite d’entrée dans la maison.


Le musée – 45 000 visiteurs par an sur sept mois – organise également expositions, animations, résidence d’artistes. Il offre des lieux de stages et de formations. Renseignements sur Maisons-comtoises.org.

Également disponible sur le site de Libération.

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