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« A Grenoble, une graine de mixité en bordure des barres HLM »


par François Carrel, correspondant à Grenoble - 5 mai 2021

Agir pour le vivant : Reportage


Verdir la ville, brasser les populations, favoriser le « vivre ensemble »... Installées en 2015 dans un quartier difficile, la résidence Little Wood a-t-elle tenue ses promesses ? Reportage.



«J’ai acheté ici, dans Grenoble, et j’aurai difficilement trouvé mieux !» Marc, informaticien trentenaire, s’est éloigné de l’hypercentre où il vivait pour s’installer dans le quartier Beauvert, au cœur du sud grenoblois populaire, et il s’en félicite. Il a été attiré par les appartements de la résidence Little Wood, construite entre 2014 et 2019 dans le cadre d’une zone d’aménagement concerté, la ZAC Beauvert, dont les objectifs étaient de verdir la ville, de brasser les populations et de favoriser le «vivre ensemble». Aujourd’hui, Marc montre le tout petit immeuble habillé de mélèze où il vit : un cube abritant quatre logements, entouré de verdure : «Quand je me pose sur ma terrasse sans vis-à-vis, à l’ombre d’un vieux platane, j’ai la vue sur de petites maisons, le Vercors», sourit-il.


Le ZAC Beauvert est un triangle de 2,5 hectares situé entre un vieux quartier de petites maisons ouvrières avec jardinets datant des années 30 et la grande cité HLM Village-Olympique aux tours de dix-huit étages, construite à la fin des années 60 et classée «zone urbaine sensible». Le terrain était disponible après la destruction d’un vieux foyer Sonacotra pour travailleurs immigrés. La société d’économie mixte Sages, dirigée par la ville de Grenoble, avait ouvert un concours pour urbaniser la majeure partie de la parcelle. Le projet devait être «100 % accession, pour amener de la mixité sociale dans ce quartier très marqué par le logement social», avec «une densité raisonnée, entre habitat collectif et individuel», résume Grégory Gröll, gérant de l’Atelier Gröll, le promoteur lauréat du concours avec le cabinet d’architecte Aktis.


«Parc habité»


Les 56 logements de Little Wood sont répartis dans une dizaine de «plots», petits immeubles de 3 niveaux, accueillant de trois à huit logements, sans circulation automobile ni surface bitumée. Ces «maisons» sont dispersées afin de réserver à chaque appartement une bonne orientation et une partie des arbres préexistants ont été conservés. L’idée était d’aboutir à «un parc habité», «conçu à l’échelle du piéton», assurait l’Atelier Gröll dès le départ.


«Little Wood est bien plus agréable à vivre qu’un immeuble classique», confirme Laurent Dartigues, 54 ans, sociologue, propriétaire d’un lumineux T5 en duplex doté d’une grande terrasse depuis 2016. Pilier du conseil syndical, il souligne néanmoins les faiblesses du projet : les performances énergétiques des bâtiments sont bien loin d’être à la hauteur des promesses de basse consommation, ce que la collectivité n’a ni contrôlé ni sanctionné ; et une partie des arbres préservés n’a pas supporté les dommages causés à leur réseau racinaire par les travaux. Il regrette surtout l’absence d’aménagements communs dans la copropriété, bancs ou local collectif, et le manque «d’infrastructures et de lieux de sociabilité» à l’échelle du quartier : «On a créé une petite enclave dans ce quartier populaire, mais il reste sous-doté par la mairie, mal desservi par les transports en commun, sans politique d’implantation de commerces», fustige Laurent Dartigues qui souhaiterait aussi une meilleure présence de la police municipale. Little Wood est ceinte d’une clôture régulièrement franchie par des jeunes de la cité voisine, non sans accrochages avec des résidents peu rassurés par l’existence dans le sud grenoblois de puissants réseaux de deal, parfois à l’œuvre dans leur entourage immédiat.


Semis


Grégory Gröll, le promoteur, concède qu’«aujourd’hui nous irions plus loin dans le concept du vivre ensemble» à l’échelle d’une telle copropriété, mais assure que la Sem Sages avait spécifié d’emblée que les équipements partagés seraient en dehors de la résidence. De fait, le centre de la ZAC est occupé par un parc piétonnier et sans bitume, comprenant un square avec des jeux pour enfants plébiscités et surtout plus de 1 000 m² de jardins partagés.


Cet après-midi, ils sont trois à sur la parcelle collective : Timothée, chercheur en chimie de Little Wood, Laurine, employée qui habite à deux rues de là, et Gilbert, technicien retraité qui vit dans l’un des immeubles neufs construits en bordure de la ZAC. Occupés sous l’abri collectif à gérer ensemble les semis de l’année, les jardiniers convergent : «Ce jardin, c’est la convivialité avant tout, résume Gilbert. J’ai connu grâce à lui des gens de tous les coins du secteur, on se retrouve pour travailler ou partager l’apéro, on s’invite même chez nous !» «Une telle parcelle, en pleine ville, c’est une chance : elle permet un vrai brassage social», complète Laurine. Fanny Simon, agent de la Maison des habitants du secteur, le confirme : les jardins Beauvert dont elle assure le suivi permettent «une mixité très forte des publics» et sont «un outil social» précieux.


Claudine, retraitée, insiste également : «Tous les habitants de Little Wood, comme moi, sont venus ici par choix», malgré l’image dégradée du secteur. Elle ne regrette rien, mais pour elle qui ne fréquente ni le square ni les jardins partagés, l’absence de commerces de proximité est pesante, d’autant que la Covid-19 la prive des rares mais précieux repas de quartier. Elle s’inquiète de «l’entourage pas net» de Little Wood : «Si on mélange les populations, il faut de la sérénité entre tous… et ce n’est pas facile à créer.» L’urbanisme, même enrichi en parc urbain et en jardins partagés, ne peut suffire : il faudra aller plus loin dans la construction de la vie commerçante, associative et festive pour parvenir à souder le quartier Beauvert.


Également disponible sur le site de Libération.

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