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« A Grenoble, une ferme urbaine pour faire pousser les vocations »

par François Carrel, correspondant à Grenoble - 1 juillet 2021

Agir pour le Vivant : Tribune


Pédagogique et sociale, la ferme Mille Pousses espère à terme faire accéder aux métiers agricoles des urbains se posant la question de leur rapport à la nature.


Le parc municipal Lesdiguières, au sud de Grenoble (Isère), a entamé une mue étonnante : un tiers de sa surface accueille depuis quelques mois un espace dédié à l’agriculture bio : la ferme urbaine Mille Pousses. Pour la commune gérée par l’alliance verte-rouge-citoyenne d’Eric Piolle, cette ferme urbaine développée par une association dotée du statut d’entreprise d’insertion représente «un écosystème urbain résilient face au changement climatique et générateur de bien-être pour les habitant·es» et illustre «la transition en cours vers une gestion plus naturelle des parcs et jardins de la ville».


En cette fin avril, les quatre salariés de la ferme Mille Pousses, dont deux jeunes en emploi d’insertion, terminent la mise en place du circuit d’arrosage des parcelles extérieures destinées au maraîchage. Les premières pousses d’épinard sortent tout juste de terre… Isabelle Robles, agronome et cheffe du projet, fait visiter le site qui s’étale sur 2 700 m² et ses locaux flambant neuf. Bureau, vestiaire, chambre froide, zones de tri et de stockage, tout est totalement écologique : ossature et charpente bois, murs de paille et enduits de terre.


Micropousses


L’ensemble a été édifié grâce à un chantier participatif qui a réuni six mois durant des professionnels de l’écoconstruction et des dizaines de bénévoles : «intermittents du spectacle, ingénieurs en quête de sens, demandeurs d’asile, les profils étaient très variés», sourit Isabelle Robles. Les bénévoles ont également participé à l’édification de la grande serre bioclimatique de 430 m², consacrée pour moitié à la grande originalité du projet Mille Pousses : les micropousses, culture innovante venue des pays nordiques et encore très peu développée en France.


«Ce sont les grandes sœurs des graines germées, fortes en saveurs et riches en nutriments», résume Agathe Pain, présidente de l’association qui chapeaute le projet. Ces plantes culinaires poussent dru dans de petites barquettes réutilisables vendues 3,50 euros pièce aux particuliers mais aussi à une trentaine de restaurateurs de l’agglomération livrés… à vélo ! Moutarde, cresson, amarante, fenouil, pak choï, thym, pois, basilic, radis, bourrache, coriandre, aneth, oseille, ces micropousses utilisables crues, ou cuites, dégagent en bouche des arômes intenses et surprenants parfois : «Du pizzaïolo aux grands chefs locaux, dont certains sont étoilés, les restaurateurs montrent un intérêt très fort pour notre production», se félicite Agathe Pain. La production, en test depuis deux ans dans les serres horticoles municipales, a démontré sa viabilité : Mille pousses a généré en moyenne 4 000 euros de chiffre d’affaires par mois jusqu’à la mise en sommeil de la restauration en mars 2020, Covid oblige.


Marché hebdomadaire


Ce printemps, la production reprend de plus belle et sera désormais accompagnée d’une activité maraîchère plus classique, destinée elle aussi tant aux restaurateurs qu’aux habitants du quartier qui viendront se fournir directement sur place : «Nous allons créer un marché hebdomadaire ; notre objectif est aussi de créer une dynamique de quartier, un lieu de rencontre, précise Isabelle Robles. Les voisins, dont beaucoup de personnes âgées, ont très envie de bons légumes, mais au-delà, nous voulons aussi sensibiliser les urbains à l’agriculture bio et à sa place en ville, promouvoir la notion de saisonnalité et une alimentation diversifiée.» Des liens sont en train de se créer avec les écoles du secteur, mais aussi avec l’hôtel Lesdiguières, lycée hôtelier de renom situé juste à côté de la ferme urbaine : «Nous avons hâte de sensibiliser les futurs chefs !» sourit Agathe Pain.


Pédagogie


Si la création de la ferme a été rendue possible par le soutien de la fondation Mérigot, de l’Etat via la Directe et de la ville de Grenoble, Mille Pousses espère atteindre rapidement son équilibre commercial, en réalisant les deux tiers de son chiffre d’affaires avec ses micropousses et le reste grâce au maraîchage. «Notre projet reste plus qualitatif que quantitatif, tempère cependant Agathe Pain, pas question de nous substituer aux producteurs de la ceinture maraîchère de l’agglo !» Au-delà de ses ambitions pédagogiques, la volonté de l’équipe de la ferme est en effet «de faire accéder aux métiers agricoles des urbains qui se posent la question de leur rapport à la nature, avec une logique d’action sociale». Mille Pousses espère passer dès que possible de deux à cinq salariés en insertion sur l’exploitation, appelée à devenir «une vitrine accessible, d’une agriculture durable, biologique et intensive, à notre toute petite échelle. Nos bâtiments sont écolos, nos outils, maniés à la main, doux pour les sols : c’est un beau matériel, performant !» défend Agathe Pain. On la quitte conquis, en mâchonnant une pousse d’agastache au goût délicat de menthe et d’ananas.

Également disponible sur le site de Libération.

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