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« A Amsterdam, un donut pour adoucir la ville »


par Margaux Solinas, correspondante aux Pays-Bas - 22 avril 2021

Agir pour le vivant : Reportage


Pour repenser sa politique urbaine en tenant compte de l’environnement et des besoins sociaux, la capitale des Pays-Bas s’est inspirée des travaux de l’économiste britannique Kate Raworth dont la théorie porte le nom du beignet.





Dans un modeste bac d’un jardin collectif de 3 hectares nommé «Mijnstadstuin» («mon jardin de ville») dans l’ouest d’Amsterdam, des tomates rouges dorent au soleil d’avril. Elles côtoient de nombreux autres fruits et légumes, tous issus d’une production locale, destinés à être vendus dans la capitale néerlandaise. Il est possible de louer une parcelle sur ce terrain et d’ajouter sa motte de terre à la petite entreprise que développent Milo, Julia, Lisa, Andres et Laura depuis 2019. Jardins individuels et agriculture collective se mêlent à Mijnstadstuin pour répondre à la volonté de la mairie d’Amsterdam de développer une économie circulaire. Ce projet d’agriculture urbaine s’inscrit dans un programme plus large inspiré de la «théorie du donut». «Une nouvelle façon de penser et de vivre»

Développée en 2012 par Kate Raworth, une économiste britannique professeure à Oxford, cette doctrine entend repenser une partie de la société capitaliste. Pour Kate Raworth, les deux anneaux coaxiaux qui entourent la pâtisserie américaine englobent le fondement de notre société. «En deçà de l’anneau interne (le fondement social) se trouvent les privations humaines critiques, comme la faim et l’illettrisme. Au-delà de l’anneau externe (le plafond écologique) se trouve la dégradation critique de la planète, qui se manifeste par le changement climatique et la perte de biodiversité. Entre ces deux cercles se situe ce fameux donut, c’est-à-dire l’espace dans lequel nous pouvons satisfaire les besoins de tous, dans la limite des moyens de la planète»,approfondit-elle dans un livre devenu best-seller (1). L’idée serait donc d’allier des objectifs sociaux et environnementaux. Plus qu’une révolution économique, «une nouvelle façon de penser et de vivre», soutient Jennifer Drouin de l’Amsterdam Donut Coalitie, un collectif visant à réunir les diverses initiatives de la capitale. «En 2015, Amsterdam fut la première ville du monde à commander une étude sur la mise en œuvre d’une économie circulaire, explique ainsi la mairie. Et en anticipation du développement de notre stratégie pour 2020-2025, nous avons pris contact avec Kate Raworth et son équipe pour qu’ils nous développent un “donut ville” pour Amsterdam.» Et depuis 2019, les initiatives fleurissent. C’est le cas, par exemple, de la création de Strandeiland («île de la plage»). Pour le moment, seule la construction du pont reliant le site à la ville pointe le bout de son nez, mais en 2025, une île entière composée de 80 000 logements devrait faire surface. Sa construction et sa visée sont un parfait exemple de l’application de la théorie du donut. «Nous nous intéressons à des choses complètement différentes d’il y a dix ans pour la construction», souligne Lianne Hulsebosch, consultante en développement durable pour la municipalité. Nous choisissons désormais divers matériaux, dont l’utilisation réduit les émissions de CO2. Et sur la totalité des logements, 40 % seront des logements sociaux. On retrouve bien les deux anneaux du donut !» Il était temps ! Trouver un logement abordable à Amsterdam est désormais une gageure et la place manque également dans toutes les villes néerlandaises. «Avec de l’eau et du sable, on peut créer ce que l’on veut à partir de rien», conclut, optimiste, Alfons Oude Ophuis, chef du projet de Strandeiland.

«Attention au greenwashing»

Loin de se limiter à cette initiative municipale, des projets se multiplient dans tout le pays et pourraient bien métamorphoser la société néerlandaise. Guus Bannenberg, un habitant d’Oegstgeest de 64 ans proche de la retraite, raconte avec entrain les actions de sa communauté pour faire partie de ce projet d’économie circulaire. Dans sa commune de 25 000 habitants non loin d’Amsterdam, les actions vont bon train pour améliorer la situation sociale des personnes âgées. «Là aussi, nous nous sommes inspirés de la théorie du donut, explique-t-il. Nous construisons un quartier dédié exclusivement aux retraités en essayant de trouver des moyens écologiques pour transporter nos matériaux.» Toutefois, l’application des préceptes de Kate Raworth demeure difficile dans la capitale. «Il faut faire attention au greenwashing, avertit Jennifer Drouin. Certaines entreprises installées aux Pays-Bas, comme Shell, peuvent annoncer un effort écologique sans l’appliquer réellement.» Au final, le plus gros défi pour devenir une «ville donut», selon elle, reste la politique. «Le conseil municipal d’Amsterdam compte aujourd’hui de nombreux écologistes, mais qu’adviendra-t-il si la couleur politique de la mairie change ?»

(1) La Théorie du donut. L’économie de demain en sept principes, éditions Plon, octobre 2018.





Également disponible sur le site de Libération.

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