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« 2021, vers une nouvelle éthique environnementale »

par Saphia Larabi, directrice des Publications de la Fabrique Spinoza - 19 juillet 2021

Agir pour le Vivant : tribune


La nouvelle étude de la Fabrique Spinoza promeut une stratégie d’écologie positive et vertueuse, faisant glisser de l’écoanxiété à l’émerveillement, puis à l’engagement.


L’an 2020. Une pandémie mondiale se propage. A son origine : une zoonose, une maladie infectieuse transmise à l’Homme par l’animal. Le pays entier se confine, limité à l’intimité du foyer. L’accès à la nature se quantifie, réduite à une heure par jour dans un rayon de 1 km. Plus que jamais, l’appel de la nature se fait sentir. Les Français ont-ils tous accès à un bout de jardin, privé ou public ? Autrement, quels impacts à ce manque ? Une pétition est soulevée afin d’élargir cette contrainte en mettant en avant la nécessité, en ces temps rudes, d’aller se ressourcer en nature pour notre santé mentale. Près de 200 000 Français l’ont signée.


Le constat de déconnexion de la nature est régulièrement dénoncé. Certains parlent «d’extinction de l’expérience de nature» (l’écologue Robert Pyle) d’autres «d’amnésie environnementale générationnelle» (le psychologue Peter Kahn). Le journaliste Richard Louv, évoque un «syndrome du déficit de nature» pour alerter sur les impacts liés au manque de nature. Ce «syndrome» génère des symptômes. Réintroduire une présence de nature est nécessaire et source de bonne santé. La biophilie, littéralement amour du vivant, nous conduit à rechercher cette connexion naturelle. Les confinements successifs nous le rappellent puisque, à leur issue, huit cadres franciliens sur dix envisagent de quitter la région parisienne pour déménager ailleurs en France. 70 % dans les trois prochaines années, selon une étude Cadre emploi publiée le 29 août 2019. L’appel de la nature trouve écho.


Prémices d’une autre relation ?


Qu’entendons-nous par nature ? A en croire les sciences naturelles, il s’agit d’un inventaire, c’est l’ensemble de ce que l’individu peut observer autour de lui indépendamment de toute activité humaine. Cela étant, la nature est aussi bien évidemment un concept culturel et la nature humaine elle-même est une représentation des cultures. Il y aurait d’un côté la nature et de l’autre l’Homme.


Le confinement de mars a ainsi permis à la nature de se réattribuer les espaces urbains : les parisiens s’émerveillent de redécouvrir le chant des oiseaux, des canards défilent devant la Comédie française ou sur le périphérique parisien, les cygnes se promènent sur la lagune vénitienne, des dauphins approchent le quai de Cagliari (troisième plus grand port d’Italie). Prémices d’une autre relation possible ?


Quelles relations entre les Hommes et la nature ? L’étude du ratio entre l’empreinte écologique de l’activité humaine et de la biocapacité de la Terre indique qu’il aurait fallu, en 2020 1,6 planète pour répondre à tous nos besoins. Et avec 1 100 milliards de tonnes, la production humaine pèse désormais plus lourd que la nature… La logique exponentielle atteint son maximum et notre survie en dépend. Un biologiste dirait que seul le cancer a une croissance infinie.


L’Homme court-il à sa destruction par péché d’orgueil ? «La maison brûle et nous regardons ailleurs», disait le président Jacques Chirac lors du Sommet de la Terre en 2002. Si ces alertes sont nécessaires, force est de constater que ce récit alarmiste ne parvient pas à générer un engagement suffisant. Or, nous sommes la première génération à pouvoir changer le cours de cette histoire. Nous sommes la solution. Dès lors, comment susciter un engagement vertueux pour le vivant, qui ne repose pas sur la peur, l’injonction, ou le sacrifice ?


Via notre étude «nature, santé et engagement – vers une nouvelle approche de la transformation écologique», nous, Fabrique Spinoza formulons une proposition : adjoindre un contre-récit, un récit vers lequel se tourner tout contre, au plus près des individus, de leurs émotions, de leurs motivations profondes, de leurs aspirations réelles et de leur santé globale. Une stratégie positive et vertueuse faisant glisser de l’écoanxiété à l’émerveillement puis à l’engagement. Le premier acte écologique est avant tout de se connecter à la nature, cette fréquentation nourrit l’engagement en soi.


Un autre récit du vivant est possible


L’an 2020, un tournant. Cette pandémie mondiale qui s’est propagée nous invite à repenser le monde de manière systémique. La croissance perpétuelle est un leurre. Le vivant opère par interdépendance, par coopération, par équilibre. Quelle histoire souhaitons-nous raconter ? Quelle empreinte laisser à la postérité ?


L’an 2021. Saviez-vous que les patients postopératoires avec vue sur arbres prennent deux fois moins d’antalgiques et sortent un jour plus tôt ? Que les pauses vertes des étudiants améliorent significativement leur performance ? Que les symptômes du trouble de l’attention diminuent à proportion des espaces verts autour de l’enfant ? Que planter dix arbres par pâté de maison recule de sept ans la survenue des accidents de santé ? Que quarante secondes d’observation d’image de nature suffisent à l’amélioration des capacités d’attention ? La nature nous fait du bien, par sa présence et même encore par sa seule imitation. C’est viscéral, vital. Écoutons.


La nature n’est pas un stock, nous sommes la nature. Il ne s’agit pas tant de la sauver ou de l’exploiter, il est bien d’autres choix comme vision du vivant : la nature aimante (continuons à valider l’hypothèse biophilique), protégée (visons une reconnaissance progressive de sa personnalité juridique), inspirante (puisons dans les enseignements biomimétiques et les solutions orientées nature) et la nature, comme interconnexion du vivant (développons une compréhension des vertus des écosystèmes). Aimons la nature pour sa présence, pour ses bienfaits et de l’amour à l’attention puis à l’action pour le vivant, la frontière est fine. L’émotion est motrice : «Ce qui m’émeut me meut».


Un autre récit du vivant est donc possible. Un récit écologique positif et vertueux dans lequel l’engagement se fonde sur une nouvelle éthique environnementale : aimer la planète. Notre relation bénéfique à la nature est la réponse même à la transformation écologique. La rencontre des solutions innovantes et la réappropriation des bienfaits de la nature sont les nouveaux premiers pas vers une nature préservée, la source de l’engagement pour le vivant.


Lire l’étude complète : www.fabriquespinoza.org


Également disponible sur le site de Libération.

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