Suivez toutes les actualités d'Agir pour le Vivant et retrouvez toutes nos tribunes.

Par Tatiana de Williencourt, du Fonds épicurien, fonds de dotation reconnu d’intérêt général— 26 juillet 2020


L'alimentation durable doit être soutenue, notamment par l’effet de levier du mécénat.


Tribune. «Vous allez venir gambader dans la colline avec les chèvres. Vous allez apprendre à manger une tomate, à la découper et à la déguster comme la meilleure chose qui soit. Avec nous, être MOF, ce n’est pas le titre de meilleur ouvrier de France, c’est miel olive fromage. Soutenir les produits de notre terroir, c’est aussi soutenir l’attractivité de notre territoire.» Par ces quelques mots lancés avec force et passion devant des représentants du monde économique local naissait le Fonds épicurien, un soir de l’hiver 2014.


Notre petit groupe, constitué de quelques amis entrepreneurs, sentait qu’il pouvait toucher son auditoire. Les ingrédients étant réunis : simplicité, plaisir et convivialité sur fond de décor bucolique et champêtre. Une vraie carte postale pagnolesque. Et, cerise sur le gâteau, le «quatrième tiers», pour parfaire la recette de Raimu, parler d’attractivité locale.


Une bonne recette qui nécessite pourtant encore un ingrédient primordial : la générosité, car, soutenir ce fonds de dotation, c’est sortir son chéquier et accepter de donner sans retour (mis à part la défiscalisation qui réduit le coût réel du don de 60% voire 66%). Un don comme celui que l’on fait à la Croix-Rouge ou à des causes plus habituées à la philanthropie, comme la santé, la culture ou l’éducation.


Au début de cette aventure, le petit groupe que nous étions, et qui restera le noyau dur du fonds, ressemblait à une bonne bande d’amis, complètement novices sur ce sujet mais convaincus que le thème de l’alimentation durable devait être soutenu, notamment par l’effet de levier du mécénat.


Ne pas bouder son plaisir

Par son nom, le Fonds épicurien se place sous l’égide du philosophe grec du IVe siècle avant JC. Souvent galvaudée, sa philosophie, invite, pour atteindre le bonheur, à se procurer des petits plaisirs quotidiens et facilement reproductibles. Bien loin des images d’excès ou de luxe associées, à tort, à la figure d’Epicure.


L’alimentation simple, saine et durable – une tomate bien mûre, issue du circuit le plus court possible, consommée avec un peu d’huile, et une brousse du Rove par exemple – pourrait donc en faire partie. Plaisir reproductible à volonté, pour autant que ce soit dans le respect des saisons.


Ainsi baptisé, le Fonds épicurien interpelle. L’image que suscite cet adjectif, même erroné, n’est pas complètement pour nous déplaire. Elle contribue sûrement à donner à notre initiative un caractère très convivial et de fait, attirant.


Une prise de conscience grandissante

La rencontre avec les représentants de Slow Food Provence sera déterminante. Ce mouvement international, créé à Rome dans les années 80, alors que la ville éternelle voyait son premier fast-food s’implanter dans son centre, répond aux désastres produits par la prédominance d’une alimentation mondiale standardisée en mettant en lumière les produits «sentinelles» qui risquent de disparaître, et avec eux des savoir-faire et des goûts. Chez Slow Food, l’alimentation durable trouve une définition simple, facile à retenir et idéale pour expliquer rapidement à un néophyte le sens de la démarche : un produit durable est un produit qui est à la fois bon, propre et juste. «Bon» parce qu’il respecte la saveur naturelle du produit, «propre» parce qu’il n’implique pas l’utilisation d’intrants qui viendraient polluer l’environnement et le produit lui-même et, enfin, «juste» pour son impact social équitable.


Le projet que nous soutenons avec Slow Food, en 2018, concerne un des produits sentinelles de notre région : la brousse du Rove. Cette spécialité fromagère bien connue des Marseillais est encore produite par quelques chevriers. Ce fromage frais, servi dans des petits moules de forme conique, est une singularité qui mérite d’être défendue et protégée à bien des égards. Nous le ferons en soutenant financièrement l’édition d’un livre qui raconte l’histoire de ce terroir aride, de ces chèvres, de ces bergers chevriers et de leur combat pour obtenir l’AOC puis l’AOP.


Accompagner des projets

Notre philanthropie ne se limite pas aux dons versés. Être un groupe d’acteurs économiques engagés sur le territoire constitue un appui supplémentaire pour les porteurs de projets. Le Talus, une ferme urbaine qui s’installe sur un délaissé d’autoroute en plein 3e arrondissement de Marseille, va bénéficier aussi d'un don en nature de substrat, pour faire pousser les jeunes pousses de mesclun. Cette terre sera apportée gracieusement par un des mécènes du fonds qui travaille chez un opérateur de valorisation des déchets. Même cas de figure avec le tracteur prêté par un autre qui dirige une société de matériel agricole.


L’expérience d’entrepreneur des donateurs est aussi un atout pour tutorer ces acteurs de l’alimentation durable. Accompagner, conseiller, challenger, nombreux parmi nous ont posé un regard à la fois exigeant et bienveillant sur les projets. Pour les Champignons de Marseille, une association qui fait pousser des pleurotes dans du marc de café recyclé, on se démène pour leur trouver un lieu éphémère, puis pérenne, on y fait venir nos réseaux, on assure du mentoring.


En 2019, le département des Bouches-du-Rhône fête la gastronomie. A cette occasion, le Fonds épicurien propose de mettre en avant les acteurs de l’alimentation durable. Parce que les deux ne vont pas toujours de pair, et c’est regrettable. Sur les grilles du palais de la Bourse, où siège la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, en bas de la Canebière, 16 grandes photographies sont présentées aux passants curieux. On y trouve les portraits de femmes et d’hommes qui contribuent, de la graine à l’assiette, à fournir au territoire du «bon», du «propre» et du «juste». Une exposition engagée.


Un fonds d’amorçage sans prise de participation

Parmi les freins rencontrés chez les mécènes potentiels, pourtant prêts à soutenir le fonds, il en est un qui revient souvent. Pourquoi donner ? Le chef d’entreprise est plus enclin à investir dans une start-up et à espérer un retour sur investissement !

Quand on a l’habitude d’étudier des business models, se pencher sur un projet associatif procurerait moins d’adrénaline. A quoi bon soutenir un projet s’il n’y a pas de modèle économique derrière ? Mais on comprend vite que ces initiatives sont à considérer comme on financerait un prototype. Il faut bien aider au développement de projets pilotes pour démontrer qu’ils peuvent être réalisables, viables et même rentables, et qu’ils puissent alors être dupliqués. Parce que des premiers modèles existent, les banques seront plus prêteuses, des entreprises plus attirées par des partenariats, les politiques plus sensibilisés.


L’agroécologie en mode coworking

A force de se pencher sur ces jeunes pousses, d’être confrontés à leurs réalités, leurs questionnements, leurs difficultés mais surtout leurs valeurs et leurs espoirs, les mécènes se questionnent eux-mêmes. Le Fonds épicurien fait le lien entre deux catégories qui se côtoient peu. En forçant la caricature, des chefs d’entreprises habitués à créer de la valeur, de l’emploi et du profit versus des porteurs de projets idéalistes soucieux de changer le monde. Créer cette porosité grâce aux soutiens, ponctués d’échanges, de partage et d’accompagnement permet de tisser un lien de confiance et d’inspiration réciproques.


Bien sûr, au sein du Fonds, chacun se questionne sur ses propres pratiques de consommation au sein de sa cellule familiale comme au sein de son entreprise. Difficile de mesurer collectivement l’impact réel de cette prise de conscience. Mais quelques parcours sont des marqueurs forts de ce passage à l’acte. Comme cette initiative créée par un des donateurs : au nord d’Aix-en-Provence, la ferme de Violaine propose à des porteurs de projets entreprenants de devenir associés au sein d’une exploitation agricole collaborative avec pour maîtres mots, produire, innover et transmettre. Se fédérer, pour mieux travailler et vivre de sa production. Mutualiser des ressources, des outils ou des réseaux. L’agroécologie en mode coworking.


Accompagnateurs des projets tout autant qu’ils nous accompagnent dans notre prise de conscience, donateurs éclairés par la lumière des projets soutenus, nous tirons de chaque rencontre une richesse plus grande encore que celle que nous apportons. Pour que les générations futures puissent s’attabler avec plaisir et en conscience, pour qu’elles puissent encore faire leur la formule du géographe Jean Brunhes «manger, c’est incorporer un territoire», nous continuerons à nous engager.


Retrouvez toute les semaines les Tribunes Agir pour le Vivant sur le site agirpourleviant.fr et sur le journal Libération, partenaire d'Agir pour le Vivant.

Par Julien Vidal, fondateur et porteur du projet «Ça Commence Par Moi»— 27 juillet 2020


Alors que la France au temps du Covid-19 s’imposait une respiration bienvenue, il semblerait que le monde d’après ressemble, peu ou prou, au monde d’avant hyper-pollué, hyper-rapide, hyper-connecté...


Quand l’humanité s’arrête…

Le confinement des derniers mois a considérablement réduit la pression de nos modes de vie sur les écosystèmes, notamment une baisse des rejets de CO2 que le site Carbon Brief estime de l’ordre de 5,5% pour toute l’année 2020 mais qui reste toutefois largement insuffisante au regard de l’urgence climatique. C’est bien simple : pour limiter la hausse des températures à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que cette chute soit de l’ordre de 7,6% chaque année pendant les dix prochaines années, soit une diminution totale de 55% entre 2020 et 2030.


Et même si la vague verte des élections municipales et les propositions ambitieuses de la Convention citoyenne pour le climat sont d’excellentes raisons de se réjouir, les preuves tangibles du mouvement de notre société vers un mode de vie plus durable se font encore beaucoup trop rares. Si bien que les experts sont très pessimistes en ce qui concerne notre capacité à agir à l’échelle planétaire pour endiguer l’emballement climatique.


Il est temps de porter une écocitoyenneté ambitieuse

«Il est trop tard pour être pessimiste», nous dit Yann Arthus-Bertrand et l’action est un excellent remède contre l’éco-anxiété qu’on voit se répandre dans nos sociétés occidentales. Ça tombe bien : l’action citoyenne est l’étincelle des changements sociétaux profonds. Ça commence par moi, par vous, par nous d’initier notre parcours écocitoyen ambitieux. Un changement qui se fait dans la durée, seul et collectivement, lentement et rapidement, dans les détails et dans la radicalité avec une ambition forte. Plutôt que de se déculpabiliser de sa surconsommation débridée dans un monde capitaliste, il est urgent de décloisonner nos habitudes pour remettre le Vivant au cœur de tout, pour expérimenter et construire dès aujourd’hui un monde durable, solidaire et heureux.


Plus que jamais, le modèle actuel se nourrit de nos non-dits, de nos compromis mous, de notre passivité, de nos incohérences… il n’est pourtant jamais trop tard pour s’y mettre et tout le monde peut lancer son parcours de la manière qu’il le souhaite car nous sommes prêts à être ambitieux, rassembleurs et bienveillants, car si l’exemplarité est fondamentale, l’expérimentation dans notre chair de cet idéal est primordiale.


Agir tous azimuts

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous avons l’embarras du choix pour passer de la parole aux actes. Si on commence par notre alimentation, au niveau individuel, le fait d’adopter un régime végétarien est, en moyenne pour un Français, l’action de réduction des émissions de gaz à effet de serre la plus efficace. Dans son rapport «Faire sa part ?», le cabinet Carbone 4 chiffre la diminution à 1,12 tonne par an et par personne. Un changement loin d’être négligeable qui représenterait, à lui seul, une baisse d’environ 10% de l’empreinte carbone totale d’un individu.


Reprenons également le pouvoir de notre argent et orientons-le afin de limiter au maximum les externalités négatives transférant nos comptes bancaires au Crédit coopératif, à la Banque postale ou à la Nef (pour les professionnels) qui sont les banques françaises dont l’empreinte environnementale est la plus faible. Et puis, en plus de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, investissons dès aujourd’hui pour accélérer la construction des sociétés durables, égalitaires et joyeuses de demain. Que ce soit en utilisant une monnaie locale complémentaire pour faire circuler la monnaie sur un territoire afin de soutenir les initiatives durables et locales ou en mettant notre épargne à disposition de mouvements vertueux (Terre de liens, Energie partagée, Blue Bees, LITA.co), nous avons l’embarras du choix. Et notre pouvoir est considérable puisque l’épargne des ménages français dépasse les 5 000 milliards d’euros, soit plus du double du produit intérieur brut national du pays.


En France, les transports sont aussi largement pointés du doigt dès que l’on évoque la pollution atmosphérique (le trafic routier représente plus de la moitié des rejets d’oxyde d’azote, par exemple) ou les émissions de CO2 (où ils sont numéro un avec près de 30% du total). La voiture, aujourd’hui au centre de nos vies et au cœur de nos villes, doit donc voir son utilisation largement questionnée. Et si, en ville, le vélo a toute sa place dans nos trajets du quotidien, les alternatives proposées par les transports en commun et/ou le covoiturage pour les trajets plus longs sont tout à fait valables. Pour les vacances, surfez sur la vague de la mobilité douce. Pour les plus courageux, pourquoi ne pas opter pour des moyens de transport qui sont une aventure en soi comme le cheval, le voilier, le train de nuit, la péniche ou encore le stop.


En ce qui concerne notre consommation d’énergie, l’essentiel se joue au niveau du chauffage, qui représente 66% des consommations énergétiques d’un foyer. Dès aujourd’hui, sans investissement, la manière dont on utilise notre système de chauffage est un premier pas pour réduire ses factures d’énergie. Au programme : sobriété et entretien régulier. Et pour améliorer votre installation, l’investissement est indispensable. Que ce soit en intégrant un système de régulation et de programmation du chauffage (pour économiser jusqu’à 10% de combustible) ou en isolant votre logement (en commençant par le toit où 25% à 30% de la chaleur peuvent être perdus).


Enfin, pour aller plus loin, la possibilité de rejoindre un mouvement de désobéissance civile (comme Alternatiba, ANV-COP21 ou encore Extinction Rebellion) existe pour mettre le doigt là où ça fait mal : sur l’image ! A notre époque où la communication est reine, les actions de désobéissance civile sont un contrepoids puissant qui permet d’afficher aux yeux du monde les incohérences de l’Etat et des grandes entreprises.


…et d’être fiers de nos valeurs !

Et pour un changement de cap, nous avons besoin d’un revirement collectif, d’un changement d’ampleur qui ne sera possible qu’avec vous qui allez proposer des opportunités d’expérimentation à votre entourage, dans tous les espaces que vous côtoyez : votre foyer, votre entreprise, votre quartier, votre école, votre association… Ce maillage étroit qui dessine nos villes, nos régions, notre pays.


L’heure est venue d’être fiers de notre engagement pour le Vivant ! Stop aux petits pas déculpabilisants, aux bonnes actions individualisantes, aux actions collectives ponctuelles et bonjour à l’action écocitoyenne ambitieuse pour créer le monde de demain dès aujourd’hui !


Retrouvez toute les semaines les Tribunes Agir pour le Vivant sur le site agirpourleviant.fr et sur le journal Libération, partenaire d'Agir pour le Vivant.

Par Philippe Zaouati, directeur général de Mirova— 25 juillet 2020


On a souvent critiqué la finance pour sa déconnexion de l’économie réelle, mais que dire de son lien avec la nature, avec le vivant ?


Si l’environnement est de mieux en mieux pris en compte dans le secteur financier, c’est surtout à travers les risques auxquels les entreprises sont soumises ; risque de réputation dans le cas de catastrophe écologique, risque réglementaire lorsque les normes font évoluer le marché, risque financier si les gouvernements se décident à mettre en place un prix du carbone.


Ces dernières années, ceci a conduit les acteurs financiers à réfléchir sérieusement à la question du climat. De nombreuses banques ont décidé de ne plus financer les entreprises du secteur du charbon, les investisseurs mesurant la «contribution à la hausse de température» de leurs portefeuilles. Une norme internationale a été développée pour la communication des entreprises et du secteur financier en la matière. La finance durable a pris le sujet à bras-le-corps et, bien que le chemin qui reste à faire soit encore bien plus long que ce qui a été parcouru, la question du climat n’est plus étrangère à la finance.


Peut-on en dire autant de la déforestation, de la dégradation des sols, de l’impact des plastiques sur les écosystèmes marins, de la perte massive de biodiversité ? Certainement pas. La finance se préoccupe peu aujourd’hui de ces problèmes. L’impact des investissements sur la nature n’est pas mesuré. Les banques ne questionnent pas les entreprises sur ces enjeux. L’innovation financière ne s’est pas intéressée à la biodiversité et la nature de façon significative.


Pourtant, comme c’est le cas pour le climat, la mobilisation du secteur financier est indispensable, autant pour réduire les atteintes à la nature que pour orienter le capital vers les solutions qui permettent de la préserver.


La finance peut-elle se mettre au service du vivant ? J’en suis profondément convaincu, comme elle doit se mettre plus généralement au service de l’intérêt de tous. La crise financière de 2008 nous a montré qu’une finance déconnectée de l’économie réelle constituait un risque majeur pour la stabilité financière. La crise sanitaire nous montre aujourd’hui que les entreprises dépendent de la santé publique et que la pression que nous faisons subir à la nature, à l’origine des zoonoses, peut se retourner contre l’économie.


Comment faire ? Pour que la finance prenne naturellement en compte le climat ou la nature, il faudrait une remise en cause profonde du fonctionnement des marchés, et notamment de tout ce qui favorise la priorité à court terme. En attendant que cela devienne à l’ordre du jour, la finance durable nous apporte quelques éléments de réponse. Je les résume en trois objectifs : mesurer, créer des normes, investir dans les solutions fondées sur la nature.


Mesurer

Le climat bénéfice d’une métrique simple, la tonne d’équivalent CO2. Il n’existe pas d’équivalent pour la protection de la nature ou la perte de biodiversité. L’évaluation est imminente, plus complexe, et nécessite d’agréger des données multiples, de la consommation d’eau douce à la surface cultivée, en passant par l’impact des polluants chimiques. Plusieurs méthodologies sont en cours de développement pour synthétiser ces données en un seul indicateur, citons par exemple le Global Biodiversity Score (GBS) de CDC Biodiversité. Reste que la première étape consiste à produire des données de base pour toutes les entreprises. C’est l’objectif que se sont assignées quatre institutions financières françaises, en lançant un appel à candidature pour créer une base de données des impacts des entreprises sur la nature. Une trentaine d’investisseurs, représentant plus de 6 000 milliards d’euros, leur ont emboîté le pas en signant une déclaration en mai 2020.


Créer des normes

Disposer de ces données ne suffira pas si elles restent trop disparates. Il faudra converger vers une norme, comme la communauté financière a réussi à le faire sur le climat et, dans un deuxième temps, rendre cette transparence obligatoire. Lors de la réunion du G7 environnement à Metz, au printemps 2019, une dynamique a été lancée par Brune Poirson et la présidence française, le WWF, AXA et l’OCDE. Il reste à traduire cette volonté en réalité, en donnant mandat à une institution internationale pour construire ce référentiel de normes.


Investir dans les solutions fondées sur la nature : dès aujourd’hui, rien ne nous empêche d’investir dans le capital naturel. Des modèles économiques viables existent dans les domaines de l’agriculture régénératrice et écologique, de la reforestation, de la pêche durable, de la conservation des zones côtières, du recyclage des plastiques en mer. De nouveaux entrepreneurs se mobilisent sur le terrain. Néanmoins, ces projets sont encore perçus comme trop risqués par les investisseurs privés. L’intervention de l’Etat et des banques de développement est donc nécessaire pour dérisquer ces investissements, ainsi que pour incuber les projets à leur démarrage. L’investissement dans le capital naturel en est à ses balbutiements. Il faut accélérer, il faut passer à l’échelle. Cela implique une large coalition d’acteurs publics et privés.


Le Congrès mondial de la nature devait se tenir à Marseille au mois de juin. Il a été reporté à mi-janvier 2021, en raison de la pandémie. Ce sera une occasion unique pour avancer sur cet agenda. Le président de la République a annoncé la tenue d’un One Planet Summit. Faisons-en un moment clé, en lançant une coalition pour une finance au service de la nature, incluant les acteurs financiers publics et privés et les entreprises, avec des objectifs concrets : développer les données, créer des normes, favoriser la chaîne de l’investissement de l’incubation des projets jusqu’au financement massif par le marché.



Retrouvez toute les semaines les Tribunes Agir pour le Vivant sur le site agirpourleviant.fr et sur le journal Libération, partenaire d'Agir pour le Vivant.

Plus que jamais il est nécessaire de tout mettre en œuvre pour contribuer à l’émergence de nouvelles solutions