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Par Stéphane Hallaire, fondateur et président de Reforest'action — 21 septembre 2020 à 11:23


Pour la majorité d’entre nous, le quotidien se passe en ville et dans les nuages d’internet. La forêt est pourtant essentielle pour notre futur.


À l’occasion du récent confinement, les plus chanceux ont pu voir le printemps naître et se déployer dans leur jardin. Ils ont eu pour eux le temps de l’observation et un espace limité qui invitent à porter son attention sur l’apparition d’un bourgeon, l’éclosion d’une fleur ou le chant d’un oiseau.

Ce qui était à l’origine perçu comme une restriction nécessaire de notre liberté de mouvement a pu pour certains devenir une chance de mieux appréhender le vivant, d’apporter de l’attention à ce que l’on ne voit plus car trop petit ou trop lent et donc incompatible avec le rythme rapide de notre quotidien.


Le retour au travail, les sorties et la reprise de nos activités sociales ont fermé cette parenthèse hors du temps. C’est avec un sentiment de liberté retrouvée que nous avons goûté à nouveau à la vie d’avant. Mais cette attention à la nature, ce sentiment naissant d’être en harmonie avec elle, laissera nostalgiques ceux qui ont su découvrir une forme d’apaisement dans cette autre réalité qui leur a été imposée pendant quelques semaines.

Car pour la majorité d’entre nous, notre quotidien se passe en ville et dans les nuages d’internet. Ainsi, au fil des ans nos sens s’altèrent et notre capacité à porter de l’attention diminue. Nous créons de la distance avec la nature qui prend alors la forme d’un idéal sacré à protéger tout en devenant par ailleurs une source de biens et services nécessaires à l’épanouissement de nos vies menées hors sol.


Des forêts à redécouvrir

Symbole de la nature dans l’inconscient collectif, l’arbre, et plus généralement les forêts, subit les conséquences de notre regard utilitariste et distant sur notre environnement. Pourtant, les forêts fournissent gracieusement et durablement de nombreux services à ceux qui savent les comprendre et leur consacrer du temps et de l’effort. Source de bien-être mais aussi d’énergie, de matériau de construction et d’alimentation, elles jouent également un rôle majeur dans la filtration de l’eau, la rétention des sols, le maintien de la biodiversité et la régulation du climat.


Dans un contexte de demande croissante en ressources naturelles, de dérèglement climatique et d’érosion de la biodiversité, les forêts «se spécialisent». Les plantations d’eucalyptus et les cultures de soja en Amazonie, ou les palmiers à huile en Indonésie, prennent la place de forêts primaires car elles fournissent les ressources nécessaires à nos modes de vie. Par ailleurs, les défenseurs de la nature militent pour convertir des forêts entières en réserves naturelles afin d’en faire des sanctuaires de biodiversité.


Cette spécialisation des espaces forestiers sonne faux car elle le fruit du détachement de nos sociétés humaines de leurs écosystèmes. Or, si nous considérons que l’homme fait partie de la nature, il nous apparaît alors qu’il a le même droit que les autres êtres vivants à modifier son environnement, à la condition toutefois de le faire dans le respect de la biodiversité locale. Couper des arbres, en planter d’autres, modifier un paysage sont des actions légitimes dès lors qu’elles s’inscrivent dans la continuité du lieu et le maintien des équilibres naturels.

Revoir notre rapport à la nature et notre appartenance au vivant sont donc devenus des enjeux essentiels pour corriger les dérives d’un monde en bout de course. Il y va de la survie des forêts mais aussi de notre qualité de vie au cours des prochaines décennies.


Se reconnecter au vivant

Tout en étant victime de notre regard sur la nature, les forêts sont aussi une très belle porte d’entrée pour se reconnecter au vivant dès lors qu’on décide d’y intervenir. Les raisons sont multiples pour le faire, à commencer par la restauration des nombreux écosystèmes forestiers dégradés par les actions de l’homme. Dans les zones tropicales par exemple, avec 15 milliards d’arbres coupés tous les ans, encore aujourd’hui, faisant de la déforestation un des principaux sujets d’inquiétude des spécialistes du climat et de la biodiversité. Dans les zones tempérées également où des millions d’hectares sont touchés par des maladies, des incendies, des sécheresses ou encore des coups de gel. Et que dire des forêts boréales qui, jusqu’à peu, ne connaissaient pas les ravages des incendies de forêts qui sont aujourd’hui légion.


Ainsi, les plantations de forêts riches de diverses essences, la protection de forêts primaires ou encore l’adaptation des forêts au changement climatique, sont autant d’actions complexes à mettre en œuvre. Bien sûr, elles nous permettent d’agir directement sur le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, tout en ayant accès à des ressources naturelles durables. Mais elles sont aussi une merveilleuse façon de découvrir la relation symbiotique entre les champignons et les arbres, le rôle des animaux dans la propagation des graines ou encore l’activité incessante des insectes pollinisateurs. Ainsi, agir en forêt invite d’abord à prendre le temps de l’observation. Nous apprenons peu à peu à appréhender la beauté, la justesse et l’équilibre subtil de l’écosystème forestier qui en fait la force et la résilience.


Indirectement, nos actions pour la forêt nous permettent donc de ressentir, en plus de comprendre, notre impact sur la nature dont nous avons toujours fait partie. Dès lors, chacun de nos gestes s’inscrit dans un faisceau d’interactions que seule l’approche émotionnelle peut percevoir tant il est riche et complexe. Nous considérons de façon plus globale nos réflexes du quotidien, nos déplacements, notre alimentation, nos loisirs… Agir pour la forêt, s’y intéresser, n’est donc pas simplement une façon pertinente de répondre aux enjeux environnementaux de notre temps, c’est aussi goûter au bonheur symbiotique niché dans notre nouvelle relation au vivant.


Tribune disponible sur le site de Libération.

Du 16 au 19 novembre 2020, Agir pour le vivant se déploie à Rome pour la 3e semaine des possibles, organisée par la Libreria Stendhal. Des rencontres qui permettent de prolonger les réflexions entamées à Arles et réflechir ensemble à de nouveaux possibles.



Lundi 16 novembre – 19h Villa Medici

Julien DOSSIER

Renaissance écologique, 24 chantiers pour le monde de demain.

Préface de Rob Hopkins, collection Domaine du Possible



Mardi 17 novembre – 19h Libreria Stendhal

Gilbert COCHET et Béatrice KREMER-COCHET

L’Europe ré-ensauvagée, vers un nouveau monde.

Préface de Baptiste Morizot, collection Mondes sauvages



Mercredi 18 novembre – 18h30 Auditorium de l’Institut français Centre St Louis

Nelly PONS

Océan plastique. Enquête sur une pollution globale.

Préface de François Sarano, collection Domaine du Possible



Jeudi 19 novembre – 20h Villa Medici

Représenter le vivant, rencontre croisée avec

Mario Del Curto Humanité végétale

Olivier Remaud, Penser comme un iceberg


Un événement en collaboration avec Actes Sud, La Villa Medici, l’IF Italia et l’IF-CSL.

Rencontre avec la primatologue Sabrina Krief

Une rencontre organisée par L'Institut MK2 dans le cadre des conférences biodiversité et philosophie


Ne ratez pas HEURE SAUVAGE, le cycle de conférence organisé par L'Institut Mk2.

La première rencontre intitulée "sur la piste des chimpanzés" se tiendra ce dimanche 4 octobre à 11h au cinéma MK2 Quai de Loire en présence de la primatologue Sabrina Krief.


> Retrouvez tout le programme ci-dessous et réservez vos billets :




Plus que jamais il est nécessaire de tout mettre en œuvre pour contribuer à l’émergence de nouvelles solutions