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“Un des grands enjeux du moment, ce serait de tenter de réintroduire le vivant dans l’acte d'entreprendre."


“Ecolonomie est une proposition : il est plus économique de travailler de façon écologique. L’écolonomie c’est l’autre mot du développement durable, du développement soutenable.”






par Didier Arnaud - 7 mai 2021

Agir pour le vivant : Profil


Le professeur de droit à l’université de Louvain et rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme demande plus d’audace de la part du gouvernement sur les questions environnementales.


Pour Olivier De Schutter, nous sommes à un moment clé. «La crise que l’on vient de traverser a suscité beaucoup d’attentes. L’examen de conscience est assez unique. Il y a des tabous qui tombent, obligeant les Etats à remettre à plat les paradigmes. Comment garder le cap de la transition écologique, alors que la crise sociale mobilise toutes les énergies ? Il faut inventer de nouvelles recettes.»


Au centre de cette refondation, la remise en cause du Pacte de stabilité et de croissance. Celui-ci visait en 1997 à éviter des déséquilibres trop importants au sein de la zone euro. Le pacte a été mis de côté jusqu’en 2023, mais la Commission européenne est divisée sur son avenir à plus long terme : le rapporteur spécial propose qu’à tout le moins l’investissement social (pour l’éducation, la formation, la santé) soit à l’abri de cette discipline. «2 500 milliards d’euros ont été investis dans des entreprises. Jamais autant d’argent public n’a été investi dans le marché, mais l’on a manqué l’occasion d’imposer des conditions liées à la lutte contre les inégalités ou à la transition écologique», souligne-t-il, relevant qu’on a trop souvent fait reposer la transition écologique sur une fiscalité environnementale.


Car les Etats ne parviennent pas vraiment à concevoir un développement qui ne reposerait pas sur la seule croissance du PIB. Or, affirme-t-il, la croissance ne peut être découplée de l’empreinte écologique : il faut inventer une manière de réussir la transition écologique et de réduire la pauvreté sans tout faire dépendre de la croissance. «Les citoyens inventent de nouvelles manières de se déplacer, les collectivités locales prennent en main la transition écologique, une course de vitesse est engagée contre la dégradation des écosystèmes. Nous progressons, mais je ne suis pas convaincu qu’on soit en train de gagner cette course.»


De Schutter pense qu’il faut renouer avec l’audace de la planification. «La France a remis sur pied le commissariat général au plan, c’est une idée des années 50 : l’Etat doit être stratège, le marché ne suffit pas», explique-t-il. Il voudrait aussi favoriser l’expérimentation à l’échelle territoriale. «La France, qui a longtemps eu la réputation d’être jacobine et centralisatrice, a reconnu l’importance du droit à l’expérimentation locale, comme avec ses pactes alimentaires territoriaux. Comprendre ces complémentarités à l’échelle de la région ou du département peut être bénéfique.» Il imagine que réussir cette équation complexe – «verdissement-économie et justice sociale» – ne peut se faire qu’à la condition qu’on ait plus «d’imagination dans lutte contre la pauvreté».


Il pense à des expériences concrètes, comme celles des «territoires zéro chômeur de longue durée», qui repose sur trois idées : toute personne a des compétences qu’elle peut faire valoir ; il y a assez de travail pour chacun car nombre de besoins ne sont pas satisfaits ; et en trouvant du travail aux chômeurs, on peut économiser suffisamment pour financer ces emplois. «Il faut simplement sortir d’une économie qui exclut et dérégule le marché du travail, et généraliser l’économie sociale et solidaire. Celle-ci peut indiquer le cap à suivre.»


Également disponible sur le site de Libération.


par Pauline Boyer, activiste climat Alternatiba - 6 mai 2021

Agir pour le vivant : Tribune


Le texte présenté à l’Assemblée nationale est bien loin des ambitions et des propositions de la Convention citoyenne qui a planché sur le sujet.



Provocation ou inconscience ? Le 16 avril, à 8 h 42, au moment où les débats dans l’hémicycle sur la loi «climat et résilience» battent leur plein, Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville, tweete une photo d’elle à bord d’un vol Paris-Marseille. Une des (nombreuses) propositions retoquées de la Convention citoyenne pour le climat était justement de supprimer cette catégorie de vols pour lesquels un mode de transport alternatif en moins de quatre heures existe. Paris-Marseille, c’est trois heures et deux minutes en TGV, avec un bilan carbone 53 fois inférieur à celui de l’avion.


Provocation ou inconscience ? A l’Assemblée nationale, le député LREM Jean-Baptiste Moreau s’élève contre la mise en place d’une option végétarienne dans les cantines. Sur Twitter toujours, le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, invoque Antoine de Saint-Exupéry pour justifier sa foi en une technologie providentielle et refuser d’envisager la réduction du trafic aérien, mesure cruciale pour que la France s’aligne sur la trajectoire de l’accord de Paris.


Laurence Maillart-Méhaignerie, rapporteuse de la loi «climat et résilience», propose à la fin des débats : «Les sujets ont mûri. On devrait refaire une loi climat.» Pourtant, la fabrique des pandémies, c’est maintenant. Nous ne pouvons plus nous permettre d’être au stade de la répétition ! Et ce n’est pas une loi pansement qui pourra l’arrêter. Cette déclaration en dit long sur le niveau d’incompréhension de l’urgence climatique par la majorité dans l’hémicycle, où le rapport du MIT Technology est préféré à celui du Haut Conseil pour le climat. L’utilisation de ce rapport est «une façon d’ignorer les rapports du Giec, du Haut Conseil pour le climat et les résultats de la recherche», selon Céline Guivarch, chercheuse, membre du HCC, autrice du prochain rapport du Giec.


La question aujourd’hui n’est plus si on croit au dérèglement climatique mais comment nous allons mener la transition et à quelle vitesse. Chaque jour qui passe dans ce statu quo sauvegarde les intérêts des gagnants du «business as usual» au détriment de l’intérêt général.

L’état de la loi «climat et résilience» à son arrivée à l’Assemblée nationale reflète l’ampleur du sabotage de la proposition dont elle devait découler : 149 mesures «indivisibles» pour un changement systémique, élaborées pendant neuf mois par 150 citoyens qui ont été informés sur l’urgence climatique. La moitié des propositions ont été rejetées ou non appliquées, 10 % – soit quinze mesures – ont été reprises telles quelles et 37 % modifiées.


La promesse d’Emmanuel Macron de reprendre «sans filtre» tout le travail de la CCC a disparu derrière un écran de fumée. L’Observatoire des multinationales dénonce «une guerre de l’ombre des lobbies menée contre la Convention climat». Ces pratiques rappellent celles des industries du tabac et des pesticides, dénoncées dans la Fabrique de l’ignorance. Du lobbying s’appuyant notamment sur de la désinformation avec des rapports biaisés, la décrédibilisation des scientifiques et des militants. L’objectif est de faire perdurer le plus longtemps possible des activités lucratives sans considération de leurs impacts sanitaires ou environnementaux.


La question aujourd’hui n’est plus si on croit au dérèglement climatique mais comment nous allons mener la transition et à quelle vitesse. Chaque jour qui passe dans ce statu quo sauvegarde les intérêts des gagnants du «business as usual» au détriment de l’intérêt général. Pour les scientifiques du Giec, chaque jour d’inaction climatique ou de demi-mesures est un pas vers le chaos climatique.


Comme les lobbies de l’industrie du tabac ont fini par perdre en France, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat deviendront des évidences dans les années à venir. Tout en sachant qu’il faudrait aller bien plus loin pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de gaz à effet de serre actuels. Pour cette fois, la proposition de crime d’écocide a été requalifiée en délit. Mais ne nous y trompons pas. Nous aurons des comptes à rendre aux générations futures. Et nous ne pourrons pas dire qu'on ne savait pas.


L’espoir est du côté de la société civile. En portant en étendard cette loi médiocre, le gouvernement prouve une nouvelle fois son incapacité à traiter la crise climatique comme une crise. Quand la démocratie vacille, le devoir des citoyens est de refuser des lois injustes ou mettant en danger la survie de la population. La fabrique d’un mouvement citoyen pour faire changer le système à la racine se renforce de jour en jour, alliant actions non violentes légales à la désobéissance civile, la mise en avant d’alternatives et la résistance aux politiques et projets climaticides. Ce sera le thème de ces billets de blog.


Car, pendant que les débats sur la loi climat s’organisaient dans l’hémicycle, 110 000 personnes marchaient pour «une vraie loi climat» dans plus de 170 villes en France le 28 mars, des lycéens interpellaient les députés en vidéo pour #PlusDeVégé dans les cantines, 577 colis étiquetés Amazon étaient livrés aux députés par les Amis de la Terre et Alternatiba Paris, un «lobby citoyen» faisait le pied de grue devant l’Assemblée nationale… et le navigateur Eugène Riguidel entamait une grève de la faim pour bloquer l’implantation d’une antenne 5G dans sa commune du Morbihan, jusqu’à faire céder Orange.


Avec l’intensification des catastrophes naturelles dues au dérèglement climatique, la position des lobbies et des dirigeants continuant à prôner un modèle économique insoutenable sera de plus en plus dure à tenir. Le mouvement climat comptera bientôt dans ses rangs des viticulteurs privés de leurs récoltes, des victimes d’inondations, de sécheresses et d’incendies, de plus en plus de personnes en précarité qui se retrouvent en première ligne de toutes les crises… Face à la puissance de frappe des lobbies en collusion avec le gouvernement, c’est le nombre qui fera pencher la balance du côté de l’intérêt général. De plus en plus d’alliances se créent pour construire des rapports de force, bousculer les mentalités et contraindre les dirigeants à enfin agir à la hauteur des crises pour construire une société soutenable et juste. Une société qui protège le vivant.


Également disponible sur le site de Libération.

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